29 novembre 2005
Allan Watts
Bonjour,
Ce qui suit est le fruit d'Allan Watts, que Ishmael m'a fait découvrir :
La question de l'Ego
La question la plus fascinante au monde, me semble-t-il, est celle-ci : qui suis-je? Ou bien: que suis-je? Celui qui voit, celui qui sait, celui qui est : voilà bien la chose qui constitue l'expérience la plus inaccessible de toutes, une expérience mystérieuse, complètement occultée.
Nous parlons de notre ego. Nous utilisons le mot je. J'ai toujours été extraordinairement intéressé par le sens que les gens donnent au mot je, à cause des formes curieuses qu'il peut prendre au cours de la conversation. On ne dit pas, par exemple, " je suis un corps ", mais "j'ai un corps ". D'une certaine manière, nous ne paraissons pas nous identifier entièrement à tout ce qui est nous-même. Je dis " mes pieds ", " mes mains ", " mes dents ", comme s'il s'agissait de choses m'étant extérieures. Et, dans la mesure où je peux m'en faire une idée, la plupart des gens semblent ressentir qu'ils sont quelque chose à mi-chemin entre leurs deux oreilles, un peu en retrait des yeux, à l'intérieur de la tête, tout le reste se trouvant comme raccroché à ce quelque chose. Et ce principe actif qui est ici, c'est ce que nous appelons notre ego. C'est moi!
(...)
Mais alors, qu'est-ce que notre ego? Une illusion doublée d'une futilité. C'est l'image que nous avons de nous-même, une image incorrecte, fausse, une caricature combinée à un effort musculaire futile, pour rendre sensible notre volonté.
Ne serait-ce pas mieux, si le sentiment que nous éprouvions de nous même était en accord avec la réalité? Cette réalité de notre existence qui fait que nous sommes à la fois l'environnement naturel -c'est-à-dire en fin de compte l'univers entier- et l'organisme qui joue avec. Pourquoi ne le ressentons-nous pas ainsi? De toute évidence, parce que cette sensation est occultée par une autre. D'origine sociale, elle est le résultat d'une sorte d'hypnotisme s'exerçant à travers tous les procédés éducatifs, et qui crée cette impression hallucinatoire d'être celui que nous sommes ce pourquoi nous nous comportons comme des fous.
(...)
Nous sommes fous à lier.
La solution au problème ?
" Mais ", me direz-vous, comment en venir à bout ? " Je réponds à cela qu'il s'agit d'une mauvaise question; de quoi faut-il venir à bout? Vous ne pouvez pas vous débarrasser des hallucinations qui donnent substance à votre ego à l'aide de votre ego. Désolé, mais c'est impossible, comme de se soulever en tirant sur ses propres bottes. On n'éteint pas le feu avec le feu: si vous essayez de vous débarrasser de votre ego à l'aide de votre ego, vous tombez dans un cercle vicieux. Et vous risquez fort de ressembler à quelqu'un qui redoute de se faire du souci du fait qu'il est soucieux... vous tournez en rond sans fin en devenant toujours plus fou.
La première chose à comprendre quand vous vous dites: " que puis-je faire pour me débarrasser de mon faux ego ? C'est que la réponse est " rien" , car vous posez la mauvaise question. En demandant: " Comment puis-je, alors que je m'éprouve comme un ego, me débarrasser du sentiment d'être un ego? " On ne peut que vous répondre " impossible " Vous dites alors: " Mais dans ce cas, c'est désespéré! " Ça ne l'est pas. Simplement, vous n'avez pas reçu le message.
Si vous avez découvert que votre volonté et que ces trucs ne peuvent pas se débarrasser de cette hallucination, vous avez découvert quelque chose de très important. En comprenant que vous ne pouviez rien y faire vous avez réalisé que vous n'existez pas. C'est-à-dire " vous " en tant qu'ego n'existez pas, et c'est si évident que vous ne pouvez rien y faire. Vous constatez ainsi que vous ne pouvez pas vraiment contrôler vos pensées, vos sensations, vos émotions, et que tous les processus qui se produisent en vous comme hors de vous vous échappent complètement.
Mais alors, qu'arrive-t-il? Eh bien voilà ce qui arrive: vous observez ce qui se passe. Vous voyez, vous ressentez tout ce qui se produit, et vous constatez soudain, à votre grand étonnement, que vous pouvez parfaitement vous lever, marcher jusqu'à la table, y prendre un verre de lait et le boire : il n'y a rien qui s'oppose à ce comportement. Vous pouvez toujours agir, vous pouvez toujours bouger, vous pouvez toujours fonctionner de façon rationnelle mais vous avez soudain découvert que vous n'étiez pas ce que vous croyiez être. En tout cas pas cet ego qui pousse et tire à l'intérieur de son sac de peau.
Voici que vous vous éprouvez vous-même et le monde entier d'une manière nouvelle - le monde entier comprenant votre corps et tout ce dont vous faites l'expérience pendant votre vie. C'est intelligent. Ayez confiance.
Le néant
Vous ne pouvez pas voir vos yeux directement avec vos yeux. Vous ne pouvez pas vous observer en train de vous observer. Vous ne pouvez pas toucher le bout de l'un de vos doigts avec le doigt en question, quelle que soit l'opiniâtreté que vous y mettiez. C'est simplement parce qu'il y a un envers à toute observation, une sorte de point aveugle, comme il s'en trouve précisément un au fond de l'oeil. Quelque effort que l'on fasse, on se trouve ici en présence d'un " trou irréductible ", c'est l'inconnu. C'est la portion de l'univers qui ne se voit pas elle-même parce qu'elle est son système de vision.
Mais l'inconscient est la part de l'expérience qui crée la conscience, tout comme le creux constitue la vague, l'espace le solide, et le fond la forme. Tout cet aspect de votre vie que vous appelez inconscient, inconnu, impénétrable, est inconscient, inconnu et impénétrable parce qu'il est véritablement vous-même. Autrement dit votre moi le plus profond est le côté " néant ", le côté dont on ne peut rien savoir.
Ne soyez donc pas effrayé par le néant --je pourrais dire : " Il n'y a rien d'effrayant dans rien. " Mais dans notre culture, les gens sont terrifiés par l'idée de néant, comme ils le sont par la mort; ils regrettent même de dormir, considérant cela comme du temps perdu. Ils éprouvent tout au fond d'eux-mêmes une terreur vague: celle que l'univers tout entier finisse par sombrer dans un néant définitif. Tout alors sera oublié, mort et enterré. Mais c'est une peur complètement irrationnelle, car c'est justement dans ce néant que se trouve la source de toutes choses.
Nous avons besoin d'espace pour vivre, et l'espace est une sorte de néant, comme la mort - le principe est le même. En disposant d'espace, de tranches de néant, de distances vides entre les choses, la vie est alors correctement " espacée ".
La mort
Prenons le fait pour acquis: il n'y a rien après la mort. C'est la fin absolue; remarquez bien que c'est la pire chose que vous ayez à redouter. Cela vous effraie-t-il? Mais qui va donc être effrayé? Si l'on admet que c'est la fin, il n'y a pourtant plus de problème... Mais, si vous suivez bien mon raisonnement, vous constaterez que ce néant est quelque chose dans quoi vous vous plongez de nouveau, comme vous en avez jailli lorsque vous êtes né. Vous jaillissez du néant, le néant est une sorte de saut, qui veut que "rien" implique "quelque chose". Vous jaillissez de nouveau tout neuf, tout différent, sans rien à voir avec ce que vous étiez auparavant, c'est un total renouvellement.
On dit qu'il n'y a de sûr que la mort et les impôts. Et la mort de chacun de nous est aussi certaine que si elle devait intervenir dans les cinq minutes qui viennent Dans ce cas, pourquoi s'en faire? Où est le problème? Considérez que vous êtes déjà mort, et vous admettrez que vous n'avez plus rien à perdre! Comme le dit un proverbe turc " Celui qui dort par terre ne risque pas de tomber du lit. " C'est ainsi qu'il en est pour celui qui se considère déjà comme quelqu'un de mort.
Virtuellement, vous n'êtes donc rien. D'ici moins de cent ans, vous ne serez qu'une poignée de poussière, au sens propre. Partez maintenant de cette réalité, et partez de ce... néant. Soudain, vous allez vous surprendre vous-même. Plus vous allez prendre conscience que vous n'êtes rien, plus vous arriverez à être quelque chose.
Telle est la nature de la vie, l'impulsion qu'elle donne. Je devrais être ailleurs. Si vous découvrez que c'est un tour que vous vous jouez à vous même, vous atteignez la sérénité; sans pour autant abandonner le jeu sous prétexte que vous avez deviné le truc. Vous vous dites simplement: " Après tout, ça pourrait bien être amusant de continuer la partie."
L'irrévérence de l'éveil
|
L'IRRÉVÉRENCE DE L'ÉVEIL Rencontres avec un franc-tireur de la sagesse Les Éditions du Relié 84220 Gordes France extraits SIGNES EXTÉRIEURS DE SAGESSE Gilles :A seize ans, donc, l'éveil! Et les autres ? Tu n'en as parlé à personne ? Steve : A personne. Enfin, disons que j'ai essayé deux ou trois fois d'en parler à mon père, à mon grand-père, à ma mère... Comme cela s'est très mal passé, J'ai décidé de fermer ma gueule. Honnêtement, pendant dix ans, j'ai cru que je ne l'ouvrirais plus. L'éveil s'est produit à seize ans et ce n'est que vers trente ans que j'ai dû commencer a en parler. Personne n'a rien remarqué ? Non. Le propre de cette chose, c'est de n'être pas remarquée. Tu comprends, l'éveil ne produit aucun effet. Comme on dit : tout est changé, rien n est changé... Ouais... Je crois avoir l'intuition de ce que cela signifie, mais cette proposition ne me satisfait pas vraiment... Ce en quoi tu as raison ! En général, les gens sont ravis de cette formule, ils ont l'impression d'avoir fait le tour de tout, d'avoir tout compris : tout est changé, rien n'est changé, tout est dans tout et réciproquement, et bla bla bla... Moyennant quoi, personne n'a rien compris et on sombre dans la confusion. Reste que cette proposition recouvre quelque chose de profondément vrai, à savoir que cet événement qui est le seul événement réel d'une existence humaine est en même temps un non-événement absolu, ainsi que nous l'avons dit. Un non-événement ne saurait produire d'effets. Tout de même... Non ! L'éveil perçoit tout comme une extension de lui-même, une marionnette dont il tire les fils. Si je fais une brillante réflexion à propos de la nature de l'éveil, je la perçois comme irréelle, comme une marionnette que je suis en train d'agiter. Ne pouvant oublier que c'est ma propre main qui fait bouger la poupée, je ne puis croire à sa réalité. Je ne puis donc croire à cette philosophie que j'aurais tendance à bâtir au sujet de l'éveil, si bien que ladite philosophie ne saurait en quoi que ce soit modifier mon comportement. Tu as cependant nettement senti que cette expérience te différenciait des autres ? Lorsque cela s'est produit, j'ai parfaitement ressenti l'abîme qui me séparait des autres. Un abîme sans appel, soyons francs. Si cela jaillit en toi, tu auras l'impression qu'il existe entre toi et les autres, plongés dans l'état de conscience courant, une différence telle qu'on ne saurait même envisager l'idée de jeter une passerelle. La distance est énorme... Aujourd'hui, après quarante ans, c'est un peu différent. Je veux dire par là que, par une sorte de phénomène de projection, je ressens tout le monde comme éveillé même si, intellectuellement, je sais très bien qu'il n'en est rien. Mais à l'époque, la distance m'était perceptible, sensible. Et pourtant, à t'en croire, il serait impossible de remarquer quoi que ce soit de différent chez un éveillé... En fait, un observateur intelligent et très attentif pourrait remarquer certaines choses. Mais je me suis toujours attaché à n'en rien laisser paraître. De même qu'on ne va pas baiser devant tout le monde, à moins d'être exhibitionniste, il ne saurait être question d'étaler au grand jour cette réalité si intime qu'est l'éveil. Soyons précis : que pourrait-on remarquer ? Eh bien, prenons par exemple l'attention multidirectionnelle qui est un corollaire de l'éveil... ??? Oui, la nature même de l'attention change. Auparavant, l'attention était comparable à un trait de métal rigide. Ce trait avait une cible tout à fait ponctuelle : chaque acte d'attention dirigé sur une cible projetait tout le reste dans l'ombre de l'inattention. Avec l'éveil, cette loi change et le trait se déploie en éventail, si bien qu'on en arrive à l'attention multidirectionnelle, ce qui constitue un choc. On se met à voir tout en même temps, un milliard de choses sont perçues simultanément, si bien que la richesse du paysage terrestre devient proprement inouïe. Il est évident qu'un observateur un tant soit peu attentif décèlerait des transformations d'ordre physique chez la bienheureuse victime de cette extraordinaire panoramisation de l'attention, ne serait-ce que parce qu'on entre alors en extase... Bref il se passe quelque chose, c'est sûr ! On pourrait repérer d'autres signes, mais ce sont des signes discrets... Exemple ? Nous avons tout à l'heure établi la distinction fondamentale entre "Dieu" et "le paradis". Dans la mesure où j'habite le paradis, il y a bel et bien des changements. Point n'est besoin d'une grande finesse d'observation pour percevoir des changements chez un être humain tombé en extase.Mais dans la mesure où je suis Dieu... Bon, supposons que l'on puisse appeler cela Dieu. Ce n'est pas mon langage, mais cette manière de s'exprimer a le mérite de donner l'altitude de la chose et la dimension de la réponse. Si l'on me pose directement la question "Etes-vous Dieu ?", je ne vais pas louvoyer, je réponds " Oui, je suis Dieu, c'est tout à fait évident." Ce qui me met dans une position assez inconfortable. En effet, je suis d'abord une créature; mais en même temps, une partie de moi-même est bel et bien Dieu. Donc, que les choses soient claires, si insupportable que cela puisse être d'écouter de pareils propos : ce qui brûle en moi mérite le nom de Dieu. Du moins est-ce une manière de suggérer la dimension de ce que je suis. D'un autre côté, je ne suis rien du tout. Ce point étant bien clair, je réponds à ta question. L'homme en qui Dieu a jailli est à jamais indiscernable du commun des mortels pour la bonne raison que Dieu n'a aucune influence. Dieu est la pointe ultime de l'être et en cette pointe ultime, l'être se conduit comme un néant. Il y a Dieu en tant qu'être et Dieu en tant que néant. L'éveil, ainsi que nous l'avons répété, est un non-événement fondamental. Cette contradiction pure est dans l'essence même de Dieu. Hormis cette contradiction, il n'y aurait rien. Pendant dix ou quinze ans, j'ai aperçu le néant de Dieu à travers la fenêtre de l'être de Dieu; depuis vingt-cinq ou trente ans j'aperçois l'être de Dieu à travers la fenêtre du néant de Dieu. Il y a eu un renversement. Te parlant ainsi, je me rends compte à quel point mon langage est susceptible de paraître pseudo-philosophique ou mystique, toutes choses assez répugnantes. En fait, ce langage est purement descriptif Je n'extrapole ni ne déduis j'essaie douloureusement de décrire. Bref finalement, il n'y a pas vraiment de signes extérieurs d'éveil... Les gens entretiennent cette croyance naïve selon laquelle l'éveil devrait se traduire par des comportements... Cela peut parfois se traduire ainsi, sans doute. Je suppose que si l'on analysait mon comportement, on y décèlerait tout de même des choses un peu singulières. Mais en réalité, l'homme éveillé est avant tout un homme effacé, un homme essentiellement comme les autres. D'un certain point de vue, il n'y a pas de meilleure façon de révérer l'irrévérence fondamentale dont je parle que d'être comme les autres. Je me veux exactement normal, non seulement normal mais frivole Je me détruis en fumant du tabac, je joue au golf je me gratte la tête, je jure comme un portefaix. Et c'est pour moi une manière d'attester l'inexistence de l'éveil. C'est à travers cette inexistence que je lui confère l'existence. C'est une question de fidélité. Tu comprends, c'est de moi qu'il s'agit!(...) Et le milieu spiritualiste ? Je crois que tu as tout de même eu quelques contacts avec lui, de par la publication de ton livre... Oui, j'étais content de Cette vie m'aime. C'est un livre propre. Si ce livre est rédigé au présent de l'indicatif c'est que je ne savais pas manier un autre temps. La grammaire française me causait quelques difficultés... Cela dit, j'étais satisfait du résultat et très heureux de la parution du bouquin. J'étais absolument convaincu que ce livre allait allumer l'éveil chez un grand nombre de ses lecteurs. Je croyais qu'il suffisait d'évoquer à peu près convenablement l'éveil pour qu'instantanément, un certain nombre de gens s'allument spontanément. Vraiment, je le croyais ! Je découvris alors que les autres dormaient d'un plus mauvais sommeil que celui qui J . adis avait été le mien, que leur abrutissement atteignait des profondeurs abyssales... Après la parution du bouquin. J'ai reçu un certain nombre de lettres et ai été contacté par la directrice de l'association l'Homme et la Connaissance qui m'a demandé de donner quelques conférences. Jy suis donc allé, mort de trouille, sans avoir du tout préparé... je m'en suis cependant tiré et ai récidivé. Puis, j'ai été pris d'une grande nausée et me suis juré de ne plus foutre les pieds dans un merdier pareil. Il était évident que les gens venaient là pour de mauvaises raisons: pour se faire guérir, ou parce qu'ils croyaient que mes " énergies " allaient transiter hors de mon crâne et les frapper. J'ai mesuré le malentendu fondamental qui existait entre moi, en train de raconter ce qui m'était arrivé et les gens qui m'écoutaient. De toute façon, il était foncièrement malhonnête de prétendre leur apporter quoi que ce soit sur le plan essentiel puisqu'avant de leur parler de l'éveil, il eût fallu les rafistoler. Je veux dire par là que ces gens étaient, pour la plupart, des infirmes de la sensibilité ou de l'intellect. Ils étaient en très mauvais état... Tu sais, il y avait vraiment une place à prendre dans ce milieu... Oh, je l'ai très très bien compris, cela ne m'a pas échappé, à l'époque. Mais la question ne s'est pas posée. Il y a tout de même des choses qu'on ne peut pas salir... Je me souviens de l'instant précis où j'ai compris à la fois qu'il y avait une place à prendre et que je ne la prendrais pas : pendant que je déconnais face à une assistance qui, tout en ayant l'air profondément intéressée ne pigeait rigoureusement rien et posait les questions les moins pertinentes que l'on puisse imaginer, j'ai repéré dans la salle un beau jeune homme qui me contemplait avec des yeux passionnés. J'étais content, je me suis dit : "Enfin quelqu'un qui s'intéresse à ce que je raconte." Alors que je disais quelque chose de particulièrement génial, la salle fut secouée d'un grand coup de tonnerre et l'éclair vint baigner la pièce. Le jeune homme qui me contemplait y vit un signe et, instantanément, me prit pour Dieu. Ce que je disais n'avait aucune importance :j'avais déclenché l'éclair, j'étais l'enfant de Dieu. Après la conférence, le jeune homme me fit part de l'émotion profonde qu'il avait ressentie à cet instant et je fus pris d'épouvante : "Merde, je ne suis pas une soucoupe volante, et la vérité non plus!" J'ai tout de suite imaginé le pire, qu'on allait bientôt m'évoquer l'alchimie et autres vieilles merdes ésotériques... J'ai donc tout envoyé balader. Cela dit, un enfant de quatre ans aurait vu quelle place il y avait à prendre. Je n'avais qu'à entrer dans les chaussures de Krishnamurti ... (...) MON NOM EST PERSONNE Une question plus pointue à présent: Tu parles parfois de " Gilléïté ", de " Stevéïté ", de cette valeur infinie et éternelle qui m'est propre et t'est propre. Quid de cela ? Une certaine compréhension des spiritualités orientales pourrait grossièrement se résumer ainsi : je suis sorti du Grand Tout et je me prends pour Gilles. Il s'agit de ne plus me prendre pour Gilles. Si j'y parviens, à ma mort, je retournerai me fondre dans le Grand Tout ... Je saisis la perche que tu me tends. Tout ça, c'est de l'idéologie, de l'idéologie satanique ! Satan est ici à l'œuvre de la manière la plus redoutable puisqu'il se pare du nom de Dieu ! Soyons précis : il y a deux façons de frapper à la porte de "je suis ". Si l'état de conscience habituel est une illusion, de deux choses l'une : ou bien c'est l'être personnel qui est illusoire, auquel cas parler d'un "moi ultime " est tout à fait impropre. Le mot " moi " ne saurait être employé à propos de quelque chose d'impersonnel. Si le moi est illusoire, il faut s'en débarrasser et atteindre on ne sait quoi, que l'on ne peut même pas qualifier de "Soi "; ou bien c'est moi qui suis l'ultime réalité et qui me prends pour quelque chose que je ne suis pas. Il faudrait tout de même trancher le problème ! C'est bien sûr la deuxième hypothèse que je considère comme bonne. Il y a eu maldonne et le moi s'est pris pour quelque chose qu'il n'était pas. Moi, dans le sens le plus personnel du terme, est l'ultime réalité - mais il y a maldonne dans la mesure où ce moi ultime et personnel se prend pour quelque chose qu'il n'est pas. Il y a donc identification, falsification, sans que l'on puisse du tout en déduire que le moi n'est pas personnel ou que la personne n'est pas l'ultime fondement de toute chose. Par conséquent, quid de cette " Gilléïté " ou cette " Stevéïté " de l'être ? Aussi irrecevable que cela puisse paraître à la plupart des gens, ce moi personnel est l'infini, l'être absolu, l'ultime. Quiconque ne conçoit pas les choses ainsi ne peut espérer frapper à la porte de lui-même avec quelque chance de la voir s'ouvrir. Evidemment, il convient alors de préciser ce qu'est la vraie personne par rapport à la fausse, ce qu'est le vrai moi personnel par rapport aux faux moi personnels. Ne nous trompons pas... Mais dans ta " Gilléïté", tu es le commencement, la fin et le milieu de toutes choses. Ceci doit être rapproché de ce que nous avons dit à propos du triangle qui, s'étant élevé miraculeusement hors de ses trois côtés, s'étant donc entièrement détruit, naît au sein de sa pure absence. Toi, Gilles, tu es quelque chose de tellement indispensable, de tellement voulu... Faisons l'hypothèse d'un créateur: tu es tellement voulu par lui que même au sein de ta propre absence, une fois que tu as été totalement anéanti, que tout ce qui faisait ton identité de Gilles a été détruit, au sein de ta pure absence, tu continues à brûler. La quasi-totalité des êtres humains, même religieux, ignore tout de ce dont nous parlons. Ils vont mourir sans en avoir eu ne serait-ce qu'une idée. Comment te situes-tu à l'égard de cette situation ? Je ne puis que te renvoyer la question à la figure. En fait, une des caractéristiques de ce que je nomme l'éveil est de faire périr ce que l'on nomme la vérité, et même la vérité intellectuelle. Il y a des vérités empiriques, contestables, mais qui sont en général celles qui nous foutent la trouille comme, par exemple: "Je vais mourir. " Et puis il y a les " vérités " telles que deux et deux font quatre. Un esprit non éveillé va considérer qu'il ne . agit pas seulement d'une illumination de l'intelligence mais d'un fait. Aussi va-t-il constituer cette vérité en un objet et traiter cet objet comme une réalité. Deux et deux font quatre devient pour lui une sorte de substrat objectif qu'il n'est pas en son pouvoir de changer. C'est une sorte d'implant d'extériorité pure au sein de sa propre conscience. L'homme éveillé, par contre, a un comportement tout à fait différent. Il a mesuré une fois pour toutes le néant de la vérité. La vérité pour lui est comme un bout de bois mort. Elle est là, il la prend et la casse sur ses genoux. En d'autres termes, j'ai vis-à-vis de la vérité une position tout à fait étrange: la vérité est vraie s'il me plaît qu'elle soit vraie; elle est un néant s'il me plaît qu'elle soit un néant. Tu m'as posé une question qui est en fait celle de la souffrance universelle, de cette effroyable injustice par laquelle je suis éveillé et non mon prochain : la plupart des êtres vont mourir avant de s'être connus eux-mêmes, d'avoir atteint leur éternité et cette valeur infinie. Qu'est-ce que cela me fait donc ? Je ne puis que dire ceci : s'il me plaît que cette vérité soit réelle, la compassion est là et je souffre beaucoup de cet état de choses. Mais quand il ne me plaît pas que cela soit réel, toute cette souffrance n'a purement et simplement jamais existé ! Dès lors que la réalité que je puis prêter à la souffrance universelle prétend se séparer de moi et se constituer réellement en objet, je l'anéantis. Cela dit, si les êtres humains avaient une once de bon sens, ils s'emploieraient de toutes leurs forces à se rapprocher de l'éveil... C'est tout à fait évident ! Il y a une incommensurable folie à ne pas vouer toute son énergie et tout son être à une recherche visant à mettre à nu cette vérité de soi. Mais, à nouveau, ce que je te dis là est de l'ordre de la vérité, de l'allégation, et je ne puis dans le même souffle qu'anéantir cette vérité. L'ERREUR ORIGINELLE Je te pose maintenant une question à laquelle personne, à mon sens, n'a jamais répondu de manière satisfaisante : Pourquoi l'ignorance ? Pourquoi le sommeil ? Et donc, pourquoi la souffrance ? A cette question, j'ai une réponse dont la teneur m'ennuie beaucoup puisqu'elle me paraît très chrétienne; mais enfin, c'est la seule façon de rendre compte de cette chape d'inconscience sous laquelle nous sommes ensevelis, de cet effroyable oubli de soi caractéristique de l'état de conscience habituel. Pour rendre compte de l'horreur de la situation, donc, il faut bien se référer à un événement intime, extraordinairement antérieur au sujet habituel connu de nous. Dans ces abysses de l'intériorité humaine, il se produit à chaque instant un événement dramatique comparable à ce que les chrétiens appellent la chute. On peut l'interpréter en termes moraux ou considérer qu'il s'agit simplement d'une erreur d'attention; peu importe. Toujours est-il qu'il y a une erreur effroyable que chacun de nous ne cesse de commettre à la racine même de notre existence spirituelle. Dès l'instant où elle est commise, la merde est en place, l'état de conscience habituel est établi, le règne de Satan instauré. Quiconque s'est éveillé touche ce mécanisme. Nous sommes responsables de notre propre déchéance, du délabrement de notre être intérieur, de notre faculté d'intelligence et de notre sensibilité, de cette monstrueuse pauvreté de nos perceptions. Sans doute est-ce horrible, mais c'est aussi merveilleux puisqu'il demeure possible, en remontant à la source, de corriger le tir. Il y a là des concordances avec la conception chrétienne qui m'emmerdent profondément. Cela dit, cela se passe ainsi, tant pis pour mes préjugés, tant pis pour mon père, mon grand-père, ma grand-mère qui me disent: "Allons, Steve, qu'est-ce que tu as à déconner ? Voilà que tu deviens chrétien, mon pauvre petit... " Tant pis pour ces spectres, je les envoie se faire foutre car je suis bien obligé de dire ce qui est !(...) TRAVAUX PRATIQUES Si nous passions maintenant à un exercice pratique, comment t'y prendrais-tu avec moi ? Je te poserais tout de suite une question: quelle réalité accordes-tu aux trois ou quatre derniers jours que nous avons passes ensemble ? Existent-ils ou non pour toi ? Te paraissent-ils réels ? Ont-ils le statut de réalité à part entière, te paraissent-ils exister de façon autonome indépendamment de ta conscience ? Constituent-ils pour toi un fait, ou peux-tu récuser leur réalité ? Est-ce dans le pouvoir de ta conscience de les remettre en son propre sein, d'y dissoudre cette espèce de béton que sont pour toi les quelques derniers jours de ta vie ? A priori, non. Ce passé-là, pour toi, n'est pas récusable. Dès l'instant où il ne l'est pas, tu ne peux existentiellement nier toute ton histoire, cet énorme enchaînement de jours et de nuits qui ont eu lieu depuis que tu es né et la manière dont ces événements se sont succédés. Tu peux bien, comme Descartes, le mettre en doute. Mais peux-tu te confronter à la réalité de ces jours et dire : Ceci est fondamentalement irréel et pure œuvre imaginaire, ce n'est là que parce que mon esprit pose à tout instant cette soi-disant réalité objective qui pourrait à tout instant retourner au sein de ma conscience et s'y dissoudre ? Non, tu ne peux pas le faire. Maintenant, essayons de prendre la mesure de ce que tu ne peux pas faire, ce qui revient à prendre la mesure de l'hallucination. En effet, si" tu ne peux te confronter à, la réalité des derniers jours qui se sont écoulés pour la récuser en tant que phénomène strictement subjectif tu ne peux non plus récuser le jour où tu as rencontré Anne-Marie, tout ce qui s'est passé avant... Ce que tu ne peux récuser, c'est ta vie ! Et si tel est le cas, tu ne peux récuser le passé en général : tu considères comme évident qu'avant ta naissance ou la mienne, la réalité était là, les événements historiques se sont enchaînés, il y a eu les diplodocus, Charlemagne, etc. Engageons-nous donc dans une direction plus scandaleuse encore : es-tu capable de mettre sur la sellette et de regarder dans les yeux Charlemagne, Jeanne d'Arc, la dernière guerre mondiale, De Gaulle, etc., et dire : Ceci est un pur effet de ma subjectivité, en réalité, je suis absolument seul. Donc, es-tu capable de récuser l'existence de tout le passé jusqu'au big bang et d'être quitte de ce putain de passé, quitte de l'histoire humaine ? Non. A ceci près que, si j'ai l'impression d'avoir bel et bien vécu ma propre existence, je n'ai jamais vu Charlemagne ou un diplodocus. On me dit qu'ils ont existé. Il y a un accord général et tacite sur leur réalité... D'accord, mais ne sous-estimons pas la force de cet accord tacite : même si nous ne savons pas grand-chose de Charlemagne, si les manuels d'histoire ont pu nous induire en erreur, tu es néanmoins d'accord, non seulement pour dire qu'il y a eu autrefois quelque chose ou quelqu'un ressemblant à Charlemagne, mais tout simplement, de manière générale, qu'il y a eu. J'en conviens. Tout ceci est un rêve !A tout instant, tout ce que nous désignons à l'extérieur de notre conscience et qui nous apparaît si réel, doué d'une réalité autonome et extérieure à notre propre conscience, tout ce que nous apercevons à l'extérieur de nous-même par la fenêtre de notre pensée, tout cela est hallucinatoire. Ceci n'a pas un atome de réalité. C'est un phénomène purement imaginaire. Ce sont des effets subjectifs que ta conscience endormie constitue subrepticement en réalité autonome et séparée de toi. Voilà le propre de l'hallucination. Ressentir comme réel ton passé, le passé en général, ou l'avenir, ou Paris, ou le cosmos en tant que réalités séparées de toi, c'est être halluciné, comme le fou qui passe dans la rue en discutant avec un interlocuteur fantôme. Le type a perdu les pédales parce qu'il a constitué en réalité un effet purement subjectif et irréel. Tout ceci te donne la mesure de ce qui doit être éradiqué. Cela te donne aussi la mesure de l'immensité de ce qui doit être remis au sein de la conscience pour s'y dissoudre. Une fois cette conversion énorme opérée, il n'y a rien de mal à agiter une marionnette et à jouer. Mais il faut absolument percevoir que mon avenir, ma mort, moi-même en train de produire les pensées que je suis en train de produire, les diplodocus, Charlemagne, ne sont que marionnettes agitées par mon esprit, mais qu'en vertu d'une horrible maladie spirituelle qui s'est abattue sur moi voici un milliard d'années, c'est-à-dire maintenant immédiatement tout de suite, plus vite que moi, plus tôt que moi, mon âme ne sent plus ses propres doigts agiter la marionnette et la traite comme une réalité étrangère. Il te faut donc récuser l'irrécusable partout où il sévit, c'est-à-dire dans la totalité de ton champ de perception ! (Sonné)Euh... D'accord. La destruction à accomplir est phénoménale. On ne peut pas s'attaquer au rêve par fragments. Quand on se réveille le matin, le rêve disparaît en une seule fois. Il faut donc tout anéantir, crever tous les yeux de la pensée en découvrant en même temps que l'on n'a jamais vu par un autre œil que celui de la pensée. Voilà donc le travail que je te demanderais de faire et qu'il est impératif de mener à bien. Car ou ce travail est accompli et tu deviens ce que tu es, la vérité de toi-même, tu es au contact de cette valeur infinie, au sein de ce que l'on eût autrefois appelé Dieu; ou bien tu ne procèdes pas à cette mise en question, à, cette destruction universelle, et tu es sous le règne de Satan. C'est aussi simple que cela. (Hagard) ... (Infatigable) Cette manœuvre réussie fonctionne comme un exorcisme. Ce que nous considérons comme la réalité s'impose telle une hantise. Le cosmos n'est rien qu'une petite bulle que mon âme est en train de souffler. Il faut donc faire éclater la bulle. La vie de l'homme pris dans l'état de conscience ordinaire se déroule au sein d'une bulle subjective qu'en amont de lui-même il ne cesse de souffler, d'une contrefaçon d'univers incluant le sujet pensant. Il évolue à l'intérieur d'une pensée de moi, c'est-à-dire qu'il commence avec une pensée de pensée, cette pensée de pensée commençant une pensée de monde et de temps. Quand le déclic se produit, cette bulle éclate comme une bulle de savon. L'état de conscience habituel n'a en réalité aucune solidité et peut à tout moment éclater. Comment percer la bulle tout en étant dedans? La question est en fait la suivante : Y a-t-il des lieux de la bulle sur lesquels l'attaque doit de préférence porter ? Le schéma de l'hallucination est celui-ci : moi/ rupture non-moi. Moi, pauvre petit sujet frileux, et le gouffre qui me sépare de tout le reste que je perçois comme non-moi. Tout ce qui se produit à l'intérieur de la bulle est réductible à cette équation moi / rupture non-moi. Si le chaos énorme régnant au sein de la bulle est difficilement réductible à une seule pensée, il n'en va pas de même de ladite équation en laquelle, à un certain degré de concentration, dans la réflexion, dans la méditation, l'on pourrait reconnaître une pure pensée toute pensée n'étant jamais qu'un effet de toi fondamentalement irréel. Pour résorber l'hallucination, ramener ce qui n'est que pensée au sein de la pensée, de telle sorte qu'elle apparaisse dans sa véritable nature mentale, c'est-à-dire en tant que néant, une première méthode consisterait à s'attaquer au cœur même du rêve. Le rivet central de l'hallucination n'est autre que la croyance absolue en moi en train de produire une pensée, de songer à ceci ou cela. Que mes pensées soient gaies ou tristes, il semble que je ne puisse mettre en doute la réalité objective de cette situation :je suis là et j . e secrète un monde intérieur. Or, moi et mes états d'âme, que je sois en train de m'interroger sur l'existence de l'éveil, sur mes chances d'y parvenir ou tout bonnement de m'emmerder, tout cela n'a aucune espèce d'existence propre. Il y a là un paradoxe : n'ayant pas de pouvoir sur tes propres états intérieurs, tu les subis. Tu préférerais ne pas t'emmerder tout en constatant que les pensées génératrices d'ennui te résistent. Tu ne peux facilement les chasser. Or, cela veut dire que tout en ayant l'intuition que ce que tu es n'est pas réductible à tes pensées (Je m'emmerde suppose bien l'existence d'un je) tu confères à ces dernières, du fait qu'elles te résistent, un statut objectif Autrement dit, l'état de conscience habituel participe d'une folie extraordinaire : pressentir qu'au sein de moi-même il n'y a que moi-même tout en étant certain de la présence au sein de moi-même d'un non-moi - en effet, si l'ennui n'était pas du non-moi, je pourrais le résorber et ne le subirais pas... La tentative la plus intéressante à accomplir est celle-ci : mettre en cause la réalité de ce qui se passe en moi maintenant immédiatement tout de suite. LE REVE AU SEIN DU REVE D'accord. Tu parles là du processus fondamental par lequel je sécrète moi-même ma réalité. Désamorcer cet incessant processus de sécrétion ou en tout cas le voir pour ce qu'il est, un mécanisme infernal actionné par moi-même, reviendrait à m'éveiller. Mais ce processus de sécrétion d'une réalité imaginaire se retrouve au sein même de cette dernière. Nous ne vivons même pas le rêve mais le rêvons: par exemple, je puis descendre le matin dans la cuisine, te trouver en train de préparer le café et me dire: " Oh, Steve a l'air fermé, il fait une sale tête, il m'en veut. " Et à partir de là, continuer à penser: " Bien sûr, c'est ma faute, je ne sais pas me conduire correctement, j'abuse de son hospitalité, etc., etc. ", alors que tu es tout simplement en train de faire le café sans ressentir la moindre animosité à mon égard. Dans cette situation, je te prête une émotion, je ne vois pas, je pense. La plupart des problèmes psychologiques et des perturbations émotionnelles qui font que notre rêve tient plus du cauchemar que de la douce rêverie proviennent de notre propension à penser au sein même de cette pensée qu'est notre existence. Non contents de rêver, nous rêvons à l'intérieur du rêve... Voilà une remarque d'une extrême pertinence ! Au sein de l'embryon de santé d'esprit qui révèle à notre moi l'irréalité de ses productions personnelles - et qui faitdonc que tu ne prends pas l'image mentale de ta femme pour ta femme - il y a délire d'interprétation, plus ou moins grave... C'est la folie ordinaire! Sans même parler de folie de la persécution, de ce que l'on considère comme des troubles psychiques, tout le monde délire - plus ou moins - sans que cela soit pour autant tenu pour pathologique. La plupart des problèmes dont nos existences sont remplies pourraient être évités si nous cessions de penser au lieu de voir. C'est nous qui transformons notre rêve en cauchemar. C'est exact. Laissons l'éveil de côté et restons dans le domaine du relatif: il est important de bien rêver, de rêver heureusement. Si le rêve lui-même est corrompu, il n y a pas une chance sur un milliard pour qu'il explose. Si les gens corrigeaient la manière dont ils se situent vis-à-vis de leur réalité, ils élimineraient quatre-vingt-dix-huit pour cent de leurs "problèmes". Ce ne serait pas l'éveil mais un rêve harmonieux. Ils seraient près du toit du rêve et en position de le crever. STEPHEN JOURDAIN -GILLES FARCET |
25 novembre 2005
> Article:le discutable
> Expliquez vous camarade !
> --------------------------
> Bizarre en ecoutant un interview/interrogatoire d'Elkabach, je suis
> surpris que tout propos (memes stupides ou retraduits ou polarises ) est
> en proces avant d'etre discute, moques, dennonces.
>
> On a l'impression que l'on ne peut plus s'expliquer et que les opinions
> ne sont plus confirmees ou niees voir ridiculise, mais recompensees ou
> punies. J'admire parfois le courage des gens que je desaprouve qui
> convaincus d'une opinion la dise malgre l'hostilite. Je crois que les
> non-dits deviennent l'inconscient de la societe et que cela est cause
> de nevrose ou de schizophrenie. On fonctionne sur le mode du
> sous-entendu et des connivences.
>
> Bizarre toujours on ne dirait que la Republique (res publica: chose
> publique) n'est plus qu'un lieu silencieux ou voletent les anges qui
> aiment tout, sachant que lorsque les fissures seront trop grave ils
> retrounerons dans leur paradis. La regle principale est aime ton groupe
> et ne tiens qu'un discours d'acquiesement pour la mechancete on te dira
> quand. Bref soit puissant(comment) ou fait ce que l'on te dit..et moi,
> je me dis mais ce sont les petits rois grecs de retour.
>
> Les agents d'un ordre
> ---------------------
> Ce qui est de plus en plus apparent c'est que notre societe ne fait plus
> les choses elle-memes mais les laisse faire. Dans une dictature on a les
> pires ennuis pour ses opinions contraires, la des lobbies et des avocats
> vous explosent. Dans les goulags des brimades, la non on laisse les
> prisonniers se faire exploser par leur cote-detenu. Mais si c'est pas
> fait de la meme façon le resultat est pareil et trop peu corrige pour ne
> pas etre voulu... par exemple, la prison est un enfer, le chomage est un
> enfer, et le resultat peur des proces et du patron : soumission ...
> Pour les changements sociaux c'est pareil : quoi vous discuter des
> salaires, attention on va delocaliser. Tout cela nous amene a vivre en
> regardant ses pieds et reste le conseil creux, sur un ton un peu gene
> car conscient de sa pauvrete d'intelligence, a son fils "travaille bien
> a l'ecole" ...(comme si les postes interessants faisaient l'objet d'annonce)
>
> Purquoi on est idiot
> ---------------------
> Hier j'ai regarde un livre qui semblait interessant il l'est par certain
> cote mais imbuvable et typique : le charabia des intellectuels. On
> dirait que meme opposant il acquiese sur la forme qui dissimule le fond
> dans des phrase alambiquees et rattache a des non-dits peremptoires.
> Quand a la gravite du propos elle est a l'avenent de l'importance que
> s'attribue le personnage et de sa parole percu par lui meme comme
> fondatrice pour 1000 ans a venir...Les precieuses ridicules eternelles
> asssisent sur les comodites de la conversation (les subventions
> maintenant), nous mettent dans la confidence de leur tache "historique".
> Avec des trucs nous savons bien l'importance de nos propos etc..on
> dirait Napoleon avant la conquete de la Russie devant ces generaux...
> Sans parler du truc le plus frequent vous supprimer tout decoupage en
> phrase courte et vous emboiter les idees comme des noms de rue en
> Allemagne. Vous decouper les idees en un plan que vous ne respectez pas,
> je l'ai souvent verifier..Bizarre des gens comme Bertand Russel ou Julia
> Annas sont simple et parle de truc complique ...
>
> Le theme est eternel: on nous abuse mais que serait l'edition sans cela.
> On nous dit que l'auteur est genial et les autres nous n'en parlerons
> pas et apres il n'y a que lui de vendu. Quand dire c'est faire...
> La critique la plus sulfureuse donne envie d'acheter car elle donne les
> propos comme objet de discours convenable mais discutee et si l'on sait
> pas on a l'air ... mal-comprennant ( on dit plus con sous peine d'avoir
> un proces par la confederation des cons de France )
>
> Mots de tete
> ------------
> Je crois que les choses qui nous oppressent ne sont pas le fait d'une
> conspiration mais de tendances qui trouvent leur exutoire et d'une
> decomposition qui n'existait pas avant : les barbares intervenaient pour
> rompre le discours sur les anges et vous exploser le cul selon leur
> moeurs.La non ..donc cela se complique et les groupes s'arrangent dans
> les maquis de l'indechiffrable auquel, et c'est ce qui m'agace , les
> intellectuels rajoute leurs chiffres. Ils recodent plsu qu'ils ne
> decodent et ce n'est pas avec des nouveaux mots qu'on avance toujours.
> PArfois c'est le contraire : le vrai sens des mots qui nous ramene a la
> maison du bon sens.
>
> Devenons shaman
> ---------------
> Et que reste-t-il dans tout cela ?
> Ben moi je le vois comme l'honnete homme devenu shaman dans les deserts
> du nihilisme de la consommation. Car si les causes sont diffuses et
> multiples et sans tete a couper nous pouvons lui opposer quelque chose
> de diffu, multiforme, omnipresent, auto-progammee : la Vie et la
> Conscience. Quand je parle de shamanisme je parle de celui de Castaneda
> qui me semble interessant comme paradigme le plus subversif qui soit ce
> jouer des forces en presence seul, s'y deplacer, les tromper, les
> amadouer comme un allie dangereux et puissant...
>
>
> PArlons chiffons
> ----------------
> Les systemes democratiques sont lieux de pressions de puissance
> non-democratiques et qu'elle avis donnent les pratiquants sur les
> nominations de leur fd ? paie et tais-toi ...
>
> Donc je m'etonne que le newsgroup ne soit pas plus frequente. N'est-ce
> pas le lieu ideal pour echanger sur le role du coton dans les kimonos,
> prendre des positions tranchees sur le role des ceintures oranges
> vis-a-vis des ceintures vertes, la symbolique du noeud de la ceinture et
> sans oublier les 7 plis du hakamas ...des choses qui derangent dans les
> limites du raisonnable admis de tous...
>
>
>
(je signe pas, les habitués de frsam auront reconnu l'auteur)
20 novembre 2005
A la Baionnette
Je suis en train de mettre en vente un "lecture pour tous" de 1915 sur internet. En le lisant, ( je ne relis les livres qu'au moment ou je dois m'en separer !) je frissonne en regardant les photos et en lisant la joie sauvage des generaux qui commentent les combats...
"Notre Arme Nationale. Le combat, dans son essence meme, [...], est le combat au corps a corps. Lui seul detruit l'ennemi, but supreme de la guerre, en le clouant au sol ; lui seul permet de prendre une position en chassant l'adversaire ou en l'y aneantissant, but secondaire, mais plus qu'important, de toute bataille. Le fusil a tir lent, et encore bien d'avantage le fusil a tir rapide, le canon lisse et la caronade, et encore bien plus le moderne 75 et l'obusier lourd, les grenades a main, les gaz asphyxiants, les jets de liquides enflammés, tout comme les catapultes, balistes, jets de poix et de souffre par les machicoulis, tout cela n'a eu et n'a encore qu'un seul but, retarder le corps a corps, empecher l'ennemi d'approcher tout pres, epieu ou baionnette haute, en essayant de le detruire au loin." [...] "Une armée de milliards de canons et de fusils automatiques ne remporterait jamais une victoire ; tout cela c'est la matiere, la baionette, c'est la vie ;"
(Conquete de l'Eperon de Notre Dame de Lorette.)
" Ah ! la baionnette, quel culte chez nous et chez nos amis Russes ! C'est l'arme de l'alliance, et a qui en donner la palme ? On ne sait. Pour nous comme pour eux, c'est l'arme Nationale. Elle va à merveille a notre "furia", elle va comme un gant a leur bravoure audacieuse. [...] A la baionnette ! voila un cri bien Francais !"
18 novembre 2005
Imagine : un nouvel art martial (octobre 2004)
1. inedit
Si on inventais un nouvel art martial ?
je propose l'esquido
la voie de l'esquive
nombreuses applications dans la vie de tout les jours.
2. Tanuki
> Le full-ping-pong avec non plus des balles a blanc mais des balles
reelles en metal ...( en cas de controle pas de probleme : le port de 
raquette est autorise ).
> le nunchaku musical avec les partitions officielles de la federation
> casse de carcasse d'animaux morts avec categorie : cage thoracique
de mouton, de veau, taureau ...
> la boxe thaie en roller
> tir de crachats sur cible a 2, 3 5, 10 m
> la lutte sous-marine
> le judo sous le tapis
> les combats en armure et epee: les points contes selon les decibels,
> l'aikido superieur : on n'utilise ni pied ni main mais epaules,
> le taekwondo sur trempoline, la hauteur compte..
> l'escrime au fleuret sur un fil d'equilibriste a 4m de haut, 
> le kendo sans armure au k.o.
3. romG
Je propose le judaikido, la voie de la traitrise : que des attaques en
traitre et après on se barre...
Ha, mais non au fait c'est pas du ninjutsu, ça ? ;-)
4. Aphrael
J'en rajoute une couche:
l'encyclojutsu: assènage de coups d'encyclopédies (ou de botins de
téléphones).
--
http://www.encyclodemido.tk
5. tanuki
Cela a exister dans les commissariats : des coups de botin, pratique
devenue interdite quand ces pratiquants ont continue avec le minitel...
Il parait que l'on peut faire tres mal avec un livre ? Ce que j'aurai
tendance a croire en les lisant ...
6. Aphrael
Bah, le poids de la culture: un sac avec des livres, ça fait mal, si tu
le prends en travers de la figure ^^;
7. Tanuki
J'ai entendu quelques part qu'un simple livre pouvait devenir une arme
mais, effectivement a part sa masse ..
Il y avait dans le Chicago des annees de la prohibition, une femme
ganster qui avait "plombe" un sac a main et pouvait se defendre
n'importe quand...Dans le registre lesté, les chinoises utilisaient des
billes de metal dans leur grandes manches ..
8. Hiko
Oh, moi j'ai déjà donné un coup de dictionnaire étant plus jeune, à un
camarade de classe agaçant. Mais c'était un petit dictionnaire pour école
primaire, et je n'ai pas frappé trop fort. Mais visiblement, ça fait mal.
9. tanuki
> Je propose le judaikido, la voie de la traitrise : que des attaques en
> traitre et après on se barre...
Mais c'est l'efficacite cela ? 8-)
> Ha, mais non au fait c'est pas du ninjutsu, ça ? ;-)
Curieusement il y a eu des cours a Paris d' *aikijudo* rue Saint
Nicolas, des pratiquants ne voulant plus dependre d'instances
officielles ...ou d'autres raisons ...cote obscur de la Force (ki)..
Pour certaines techniques il a des depots de marques comme Kinomichi
(tr) de Me Noro ...
10. Vince D.
je propose un autre hybride : l'esquitravaildo... la voie d'échapper au
travail (je vous bats tous!).
Vince D.
11. MAC GYVER
on pourrait le créer à partir de l'aïkido.... :)
Moi je propose le morudo soit l'art de fuire.
15. w?.freelooser.net
Plus serieusement (noooon jveu pas plomber l ambiance !!) les idees du film
ekilibrium, et apres de je ne sais plus ou (source qui citai d ailleurs
ekilibrium), a savoir les gun-kata, est pour moi defendable.
peut etre une voie pour aprendre a maitriser la puissance de son arme, non
pas aprendre a tuer mais aprendre a ne pas tuer kan cela n'est pas
necessaire, aprendre des deplacements ou la plus petite surface de soi est
exposee aux balles, des mouvements esthetiques (un famas comme un sabre,
quand on parle d'esthetisme avec un objet creer pour tuer tout est une
question de gout bien sur), techniques avancees de rechargement, de
couverture, maniabiliter de l'arme
A votre avis ? est ce viable ? (meme en reve :) )
ca existe pas pour de vrai ?
12. Yan Roosens
Je propose la voie de la voie: le dodo.
Yan
En forme? Certes, mais en forme de quoi?
13. MAC GYVER
:) excellent....
14. inedit
:- ))
pas mieux !
16 novembre 2005
l'art de la "demerde"
15 novembre 2005
YYYEEEEESSSSSSSSSSSS!!!!!
ça y est je suis rentré, RENTRE, AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRGGGGGGGGGGGGGGGHHHHHHHHHHHHHH!!!!!!
yves
14 novembre 2005
Vieille cartes postales de ken... do ? justu ?


Quelques images,
juste pour le plaisir.
Importance du repos
Je le note ici parceque je sais pas trop ou le mettre, et c'est ma derniere decouverte ; j'en suis quand meme vachement fier :
"Ce n'est pas pendant l'entrainement que le corps se renforce, c'est pendant la recuperation qui suit cet entrainement"
Pensez y !
Stats du blog (FRSAM)- Synthèse 14-11-05
|
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||







