21 janvier 2006
Dans le cercle du maître
Bonjour,
Voici des extraits d'un livre (« Dans le cercle du maître », Susan Perry, Budo éditions) rassemblant les mémoires de personnes ayant connu O sensei (Morihei Ueshiba).
L’orsque O sensei devint vieux et qu’il sentit que son temps était venu, il parlait surtout de ce qui était important pour lui, mais les gens s’enfuyaient. Il voulait que tout le monde y ait accès, mais en parler n’apportait rien de bon. Car il parlait de la source - la chose ultime, Dieu.
Henry Kono
O Sensei disait qu’il fallait déjà vaincre son moi, son ego et si vous n’y parveniez pas, il ne servait rien de venir pratiquer. De plus il disait que chacun devait rechercher la raison ou la vérité de sa propre vie. Ainsi, si vous réussissez à vaincre votre moi et que vous trouvez l’objectif réel et approprié à votre vie, la vitesse qui se trouve derrière la lumière se manifestera dans votre technique. La vérité de la victoire se trouve à l’intérieur de soi. Dès que vous avez vaincu votre moi, votre technique se réalise à la vitesse de la lumière.
Seiseki Abe
O sensei affirmait et avec une certaine emphase que la vérité que la vérité de l’aïkido pouvait être perçue en un très bref instant. « Si vous saisissez le secret » disait-il, « Il vous faudra trois mois pour faire ce que je fais ». Aujourd’Hui que certaines personnes s’entraînent depuis trente, quarante, voire cinquante ans, il apparaît évident qu’en aïkido ce n’est pas la durée de la pratique qui fait un O sensei. J’ai moi-même passé les trente dernières années à chercher le secret de ces trois mois.
Robert Nadeau
O sensei disait lui-même que la chose la plus importante est l’amour – l’aïkido a pour objet l’harmonie entre les êtres humains.
Nobuyoshi Tamura
La technique de O sensei était par nature la spirale et tous ses mouvements étaient exécutés en spirale d’une manière naturelle. O sensei s’unifiait toujours à l’univers; il était capable de contrôler les autres à partir de sa position de garde. C’est pourquoi, même lorsque j’étais violemment projeté, je n’avais jamais peur de la projection.
Motomichi Anno
O sensei expliquait que l’aïkido n’est pas un simple système de techniques, mais plutôt une manière différente pour les hommes de vivre leur vie. L’aïkido n’a rien à voir avec la théorie et le rationalisme. L’esprit de l’aïkido est de créer une sphère chaude, un cercle chaleureux de sentiments harmonieux entre les homes afin que les hommes puissent se côtoyer en éprouvant des sentiments chaleureux les uns pour les autres.
Guji Munetaka Kuki
O sensei n’avait aucun désir pour les biens matériels. C’était un génie qui ne percevait pas le côté ordinaire des choses. Je me rappelle de O sensei comme d’un homme d’une intégrité et d’une sincérité absolues. Il n’y avait jamais de contradiction entre ce qu’il disait et ce qu’il faisait. L a sincérité de O sensei incitait à demeurer auprès de lui.
Shingenobu Okumura
Motomichi Anno
14 décembre 2005
Jean-Daniel Cauhépé et A.Kuang
Les auteurs de "La métamorphose de la violence par l'art de Sumikiri®" nous parlent de la violence, de leur vision de l'enseignement, et nous apportent quelques précieux éclairages sur les références métaphysiques employées par le fondateur de l'Aïkido.
Jean-Daniel Cauhépé, A. Kuang, au sein de votre école de Sumikiri®, vous enseignez le Boryoku No Henbo, soit littéralement la "métamorphose de la violence en soi". Quel constat vous y a conduit ?
JDC et AK: La violence apparaît dès que l’individu est inquiété par des présences qu’il perçoit comme hostiles. L’expression physique de la violence n’est q’un des aspects du problème. Elle a également une dimension énergétique (liée à un organe selon la conception chinoise), mais aussi génétique, sociale ou culturelle. La vie actuelle, surtout celle des citadins, contribue à générer angoisse, crainte, peur. Cela induit un comportement agressif, sous diverses modalités : comportementale, verbale, physique. Dans les domaines familial, social et professionnel, la promiscuité, l’influence pernicieuse des médias, la compétition économique, exacerbent les oppositions. Par exemple, nous avons été frappés de la violence des termes utilisés par les commentateurs des compétitions d'arts martiaux lors des jeux olympiques de Sydney. C’est ahurissant, le combat devient une mise à mort dans l’arène!
Aujourd’hui, rien dans l’éducation n’est entrepris pour apaiser les êtres, et la perte globale du sentiment religieux ne fait que renforcer le problème.
Ce qui fait donc l’agression, c’est le transfert sur autrui de la peur, de l’informulé, du non-réalisé. Certaines pratiques orientées permettent de juguler la violence, qui demeure néanmoins sous-jacente. Pour être efficaces, elles doivent tenir compte de notre nature paradoxale qui est à la fois profondément déviée mais fondamentalement bonne. Selon les pères du Taoïsme, nous pouvons nous retrouver en empruntant la Voie naturelle, par une ascèse. Les arts martiaux bien compris sont une ascèse.
La pratique de l’art martial devrait être une tempérance progressive de la violence. L'abandon de la technique destructrice vers la maîtrise de soi, permet d'emprunter la "voie du Guerrier". Le Budo se révèle être une voie ascendante sur le plan métaphysique. Sans transcendance, il ne peut y avoir de véritable art martial.
Voie rarement empruntée, exigeante et si fragile qu'elle laisse place à toutes les illusions et à tous les mensonges…Dans un de nos ouvrages, nous attirons l'attention sur les différents dévoiements du Do. A titre d'exemple dans les arts martiaux, contrairement à ce qui est communément dit, ce n'est pas en épuisant notre capital de violence ou en perdant notre force physique avec l'âge que nous rencontrerons la sagesse! Quant aux élèves, rares sont ceux qui sont prêts à donner, à se donner et non à prendre…
Selon vous, la transcendance est indispensable pour répondre au problème de la violence. Nous voilà donc aux prises avec le Mystère…Un enseignement, et à fortiori le vôtre, peut-il y conduire ?
L’art de Sumikiri® est un ensemble de techniques qui ne sous-entend pas forcément l’ouverture à la transcendance ; nous avons droit à l’action, pas à ses fruits. Mais si le travail est pratiqué avec régularité, honnêteté et conscience, il est possible alors de créer dans le "mouvement juste" une "Ouverture". La voie corporelle n’est pas celle de l’ajout, mais du dépouillement. Elle nous élague, et " Cela " peut alors descendre. Mais n’attendons pas de remèdes miracles. L’art de Sumikiri® tomberait dans une dérive sectaire si on prétendait à des résultats garantis. Il doit être considéré tel une ouverture, une direction vers une profondeur, sans imposer de finalité. Et pourtant, dans la mesure où il est une Voie, n’importe quel être en marche peut y rencontrer la transcendance. En ce sens, il y a dans l’art de Sumikiri® une efficience, une possibilité de métamorphose. On essaie consciemment de spiritualiser la matière et matérialiser l'esprit, dans le respect de l'enseignement et du message et de Morihei Ueshiba.
La violence, dans cette optique, est-elle à bannir totalement ?
Pas nécessairement. Une authentique destinée étant la réalisation de qualités et capacités latentes, elle se trouve obligatoirement placée sous le signe de la violence, dans le sens qu'aucune œuvre n'a jamais été accomplie sans le concours d'une action fougueuse sur soi et sur les autres, que ce soit sur le plan artistique, politique, social ou religieux. C'est une sainte violence qui anime les âmes passionnées. "Le Royaume des Cieux souffre violence et les violents le prennent par force" (Mat. XI.12)
Vous parlez du respect du message de Morihei Ueshiba. Quel est ce message, et qu'en reste-t-il aujourd'hui ?
Rappelons-le encore et toujours, O'Sensei a extrait progressivement de leur gangue féodale des techniques guerrières destructrices, pour n'en garder que les gestuelles au service de la Compassion et du respect de l'autre. C'est à ce niveau de compréhension que le terme Kokoro - lit. Cœur ou Âme -, auquel Morihei Ueshiba faisait référence en permanence revêt sa profonde signification. Kokoro représente la centralité de l'être, qu'il ne faut pas confondre avec le hara, centre physiologique sur lequel il s'appuie. Il possède une dimension spirituelle. Le sens diffère selon que l’on écrit l’idéogramme ou que l’on prononce le mot. Cette subtilité permet la création et l'évocation de multiples nuances, parmi lesquelles, Kokoro wo kubaru : donner, offrir son cœur, Kokoro wo kumu : puiser dans les cœurs, Kokoro womagiwasu : unir, relier les cœurs.
De cette compréhension découle la notion de "aï" mise en exergue par Ueshiba. Il est intéressant de relever l'évolution des différents idéogrammes "aï" utilisés par le Maître pour nommer son art au fil de sa vie. Il est passé de celui "d'association", du temps de l'Aiki-Jitsu, à celui de "d'harmonie", dans le sens de l'unité de l'homme et de l'Univers, pour aboutir à celui qui recouvre de multiples sens : Soif, Attraction, Désir, Ferveur.
Simultanément, dans la terminologie de la pratique, le terme " couper " est devenu " dévier l’attaque dans l’instantanéité de l’action ". Tous les restes d’une défense " contre " étaient éliminés, l’enseignement reposant essentiellement sur la notion de paix terrestre et d’un ordre harmonieux, d’où l’attribution d’une fonction pacifiante, cosmique à l’Aïkido.
A ce propos, citons Morihei Ueshiba : " si vous ne comprenez pas cet enseignement et n’employez l’Aïkido que pour combattre, vous n’obtiendrez jamais son secret."
Cette voie corporelle qu'est l'Aïkido est une rencontre, à travers le temps et l’espace, avec son génie. Aujourd’hui, trente ans après sa disparition, alors qu'il n'est pratiquement plus fait référence à lui, même à l'Aïkikai, il nous faut, pour renaître, établir un dialogue avec lui, sans idolâtrie. Sur le plan symbolique, l’art de Ueshiba a évolué au cours des années, passant du carré terrestre (force musculaire, dualité), au cercle (attestant la primauté du ciel), l'homme composant le triangle intermédiaire. C'est le sens de la formule que nous avons reprise pour caractériser notre enseignement et tenter de perpétrer son message (encadré).
Quels sont les caractéristiques de cet enseignement ? Quelles réponses concrètes à la violence peut-on y trouver ?
Le pratiquant de Sumikiri® réalise des gestuelles simples, qui sont à l’origine de quelques attitudes mentalisées, permettant d’agir dans le juste instant, sans aucune fixité, sans aucun blocage. Nous disposons d’un ensemble de techniques respiratoires, sonores et gestuelles qui nous permettent de nous mouvoir dans ces différents plans. S’ouvre ainsi une autre dimension, à l'écoute du rythme et de la vibration en soi, et en l'autre. Cette joie naît de la non-violence, sans preuve, sans notion de victoire, de réussite, d’abandon, ou de peur de l’échec.
Nous avons recours à des pratiques de visualisation d'origine taoïste telles que l’identification au végétal, pour n'en citer qu'une. Nous développons l'appréhension, tant en statique qu’en dynamique, d’un certain nombre d’exigences, leur application se réalisant à travers les principes de l’Aïki. L'exigence principale consiste à considérer autrui non comme un adversaire mais comme un partenaire. La force musculaire est progressivement abandonnée au profit du non-agir : autrui est l’unique dispensateur de la force. Quant il n’y a pas de vent, il n'y a pas de vagues. Par ses actions et réactions, le dispensateur d’énergie se place de lui-même dans des attitudes de déséquilibre ou de sollicitation articulaire et mentale qui lui sont défavorables. L’éducation corporelle et psychique tendant vers le non-agir amène l'étudiant de Sumikiri® à pratiquer le Bôryoku no Henbô®, c'est à dire à devenir un centre, un axe pacifié autour duquel vont et viennent incessamment les "éléments", c'est-à-dire les pensées et actions des partenaires.
Ce travail de l'imaginaire lié aux éléments de l'imagerie alchimique (compris comme états de conscience, à ne pas confondre avec leur réalité concrète) est associé à des expressions phonémiques qui orientent et affirment les actions (kototama). Centré sur son carré de paix terrestre, le pratiquant de Bôryoku No Henbô® laisse l’élément Eau neutraliser, éteindre les feux adverses qui l’entourent. Ce concept de non-agir est le prélude du Shobu aïki (*). Incompréhensible pour beaucoup, cette synthèse remarquable vécue par Ueshiba sur ses vieux jours exprimait parfaitement ses valeurs de non-attachement, compassion, et sauvegarde de son prochain.
Je souhaiterais avoir votre opinion sur quelques points de la pratique. Pouvez-vous nous parler du travail des armes ?
Les armes ne sont pas indispensables, l’arme, c’est l’Epée de Fudôô-Myô et de Susanô-wo, références de la démarche ésotérique de Maître Ueshiba (encadré). Cela dit, le bâton est un excellent moyen d’expression car il matérialise la sphère dans laquelle l’homme est inscrit. Dans l’art de Sumikiri®, nous utilisons l’art du drapeau chinois : le bâton tournoie autour d’un centre qui lui-même se meut, et à la périphérie de cette sphère se réalise l’action tangentielle. Le bâton préfigure l'union des contraires et la réconciliation. Le bâton, symbole de paix, d'organisation (axe du monde) autour duquel girent le yin et le yang, les équilibre. Bâton de Mercure, il peut conjurer le poison de la violence par des "paroles" apaisantes et justes. Quant au boken, l’art de Maître Ueshiba n’est pas fait pour couper les poignets ou percer la gorge, mais pour faire comprendre avec plus d’intensité qu’à mains nues les notions de ma-aï (distance) et de sen no sen (instantanéité dans l’action).Il n’est donc jamais question de trancher ou piquer, mais de déséquilibrer mentalement l’autre, après avoir pénétré le centre (irimi), afin de le désarmer mentalement ou physiquement. Le bâton et le sabre sont le prolongement du bras, au même titre que l’éventail ou le fusain, comme disait Ueshiba. Dans notre pratique, l’index et le majeur sont accolés pour orienter les flux énergétiques (physiques et mentaux) du partenaire. En réalité, ils forment l’épée à double tranchant de Fudôô-Myô.
Vous semblez porter un intérêt particulier à la symbolique du travail du sabre…
Maître Ueshiba a toujours utilisé le terme d’épée, et non pas celui de sabre. Dans le langage alchimique, l’Epée est synonyme d’acier et couper signifie "cuire", soit faire passer la matière par toutes les couleurs de l’Œuvre. " Fure, Fure ", soit " remuez, remuez ! ", disait O'Senseï. Ainsi, on œuvre sur soi-même et sur l’autre. L'Epée est faite pour morceler l'ignorance et libérer la connaissance, la connaissance secrète de l'art vibratoire. L'Epée ambivalente n'est pas faite pour tuer mais pour décomposer et dissocier les éléments en l'homme, selon les lois de l'Art : "séparer le Pur du Vil, le Fluide de l'Epais", de façon à les rassembler en un nouvel agencement pour les ressusciter en un homme nouveau. Le Fondateur précisait à ce sujet : " Nous devons chasser les démons avec la sincérité de notre souffle, et non avec une épée "
Vous affectionnez l'imagerie alchimique…
L'Art légué par maître Ueshiba est une alchimie ! Il utilise les référents communs à l'Alchimie, que celle-ci soit chrétienne, taoïste, bouddhiste… Pour des raisons culturelles, je suis effectivement lié à la tradition alchimique chrétienne. A ce titre, j'utilise souvent cette symbolique dans mes propos.
Dans la perspective alchimique, le Grand Œuvre est l’art de comprendre la genèse des mondes afin d’en créer naturellement à l’échelle microcosmique. C'est le couronnement du savoir et de la compréhension. C’est l’application de cette conception spirituelle ramenée sur le plan physique qui amène l’artiste à réaliser la transmutation des métaux, ou démons (gui en Chine), l’expiration du " je " allant de pair avec le processus du Grand Œuvre. Les procédés physiques et autre techniques ne peuvent être considérés que comme des moyens qui ont pour but d’assouplir le mental. Dans le grand Œuvre, l'opérateur et l'opéré, le transmutateur et le transmué ne font qu'un. Comme vous pouvez le constater, Maître Ueshiba n'a pas parlé d'autre chose…, mais comme le sujet est vaste et sérieux, je vous propose d'expliciter ceci dans un prochain article.
Rendez-vous est pris, mais revenons à notre sujet. Qu'en est-il de l'efficacité martiale ?
(rire) Elle consiste à éviter le combat ! Les anciens arts martiaux sont liés à un système féodal fondé sur l’esprit de destruction. Synthétisée par le tableau de Ogen (voir encadré), une autre voie existe pourtant et seul Maître Ueshiba l’a vraiment réalisée. L’efficacité n’est absolument pas en opposition avec la notion d’harmonie. L’efficacité, c’est créer le vide, le non-agir, la non-action, et c’est aussi un état de paix rayonnante, une émanation par les souffles mentaux. C’est en ce sens le véritable pouvoir du ki, qui est tout différent des démonstrations de pseudo pouvoir. La véritable efficacité réside dans la justice, dont les symboles sont l'Epée et la balance. Ceci est particulièrement perceptible dans la pratique du jo, lorsque deux partenaires saisissent chacun une extrémité du bâton qui les unit à un centre vide. Les entraînements primaires du type Jujutsu, Aïki-jutsu et autres pratiques axées sur la défense contre autrui sont préludes à la démarche instinctive de tout individu cherchant à se défendre. Dans les disciplines martiales, l’acquisition d’une panoplies de techniques et leur application basique sont certifiées, notamment en Aïki, par le 3e dan. Mais, à partir de là, si le niveau de conscience du pratiquant n’évolue pas, il perd son temps ! Certains abandonnent, d’autres se posent des questions, d’autres se caricaturent. Pour aller plus loin, il faut tenter de créer le vide régénérateur, abandonner les pouvoirs, grades, notoriétés. Là commence véritablement le travail de métamorphose, celui de l’alchimie interne et de l’authentique art de longue vie. C’est la découverte que la peur de l’autre, c’est la peur de soi-même. Lorsque l’individu a découvert sa propre nature, il n’a plus peur.
Je vous ai vu pratiquer en musique des aïki-taïso…
Les aïki-taïso dont Koichi Tohei nous à révélé le sens juste, sont des pratiques qui doivent être justement mentalisées, afin d’effacer l’effet " marionnettes " des imitations gestuelles souvent constatées. Pour nous, ce ne sont plus des mouvements articulaires mais souffle mental et corporel. Nous les appelons exercices callisthéniques. Callisthénique signifie "force et beauté" et caractérise parfaitement la voie corporelle dans laquelle il ne peut y avoir efficacité sans beauté, ces deux valeurs étant soumises à une moralité exigeante. Chaque exercice possède son rythme propre. Leur pratique permet de découvrir notre chant intérieur. Ensuite, librement et naturellement, nous les assemblons, l'adversaire devient un partenaire, l'unité en nous-même et avec l'autre s'accomplit. Nous sommes loin de la technique, nous réalisons un "mouvement univers". Nous entrons dans le jeu des potentialités énergétiques, selon le Yi-King, et comme le disait Maître Ueshiba, "la danse des dieux peut commencer" .L'un des partenaires est le maître du Temps, il chante l'Eternité. L'autre, maître du Temporaire chante l'instant qui passe. De la sorte, le défi est un "duel" musical, car l'art de Sumikiri® est essentiellement musical. Quand, par la répétition de mouvements simples, de rythmes fondamentaux, de phonèmes appropriés nous avons apprivoisé notre être intérieur, l'esprit de Compassion pour tous les êtres vivants peut apparaître.
Comment évaluez-vous les élèves qui suivent votre enseignement ? Pouvez-vous attribuer des "grades d'Ouverture" ?
Nous graduons par rapport aux symbolisme du carré, du triangle et du cercle, sachant que notre pratique peut aisément involuer. Il n’y a pas d’acquis permanent, il y a des états fluctuants, on peut régresser soudainement. C’est pourquoi il n’y a pas de graduation "dan" dans notre enseignement. De plus, les dan augmentent l’ego au lieu de le diminuer, exacerbent le moi et les rivalités. Le but de la pratique n’est pas l’acquisition d’un pouvoir quelconque, ce qui nous différencie de certaines pratiques où l’on annonce clairement la couleur. Il vaut mieux être à l’entrée de la Voie en ayant faim et soif que d’être avancé et de détenir un pouvoir (puissance, argent…), qui alourdit l’individu.
Je souhaiterais vous poser une question plus générale. Quels rapports, s'ils existent, unissent l'Aïkido tel que vous le concevez par l'Art de Sumikiri®, et le Taoïsme ?
Celui qui pratique correctement le Bagua Zhang, le Taiji Quan, ou tout art taoïste (Qi Gong, DaoYin) fait de l’Aïkido au sens littéral du terme. Il n’y a pas de différence de nature, ni de pratique. Le plus profond du Tao, c’est d’effacer ses traces, d’être le plus léger possible. Dans l’art de Sumikiri®, nous nous efforçons d’être le plus léger possible, sans traces. C’est une création de l’éphémère, et c’est pour cela qu’elle peut être durable. Toutefois, il existe une différence avec les voies taoïstes, c’est l'aspect de voie sociale. Le Tao, dans son essence, ne dédaigne pas les voies sociales, mais lorsqu’on est dans le Tao, les choses s’opèrent naturellement, l'altérité est toujours gratifiante. Dans notre monde, il en est autrement ! L'Art de Sumikiri® met l'accent sur l’autre, alors qu'en général, les méthodes taoïstes sont des pratiques souvent solitaires, une manière de se centrer, exception faite des tui-shou trop souvent délaissés. Comprenez bien qu'il ne s’agit pas là d’une critique, mais d’un constat de différenciation. L’Art de Sumikiri® est un jeu subtil "corps/esprit, soi-même/autres". Si on pratique bien l’Aïkido, on ne peut détester son prochain. On apprécie l’autre quelle que soit sa race, sa typologie, sa morphologie. On accepte l’autre avec ses émanations physiques et mentales. C’est une éducation à l’autre au-delà de l’analyse, un immense champ d’ouverture, de progrès, de tolérance et d’acceptation.
Les arts taoïstes correspondent particulièrement à l’esprit chinois, dans le sens où il n’y a pas besoin de souligner la dimension sociale, car celle-ci est inclue dans le tissu culturel. Quand on pratique les arts taoïstes en Occident, on n’importe pas le tissu culturel asiatique. Dans cette perspective, la pratique risque la dérive ou l’appauvrissement. L'Art de Sumikiri® possède de fortes résultantes sociales, c'est même un des fondements de notre enseignement. Au-delà de la mise en scène convenue du tatami, il faut appliquer les fondamentaux de notre pratique à tous les domaines de notre vie, sociale, professionnelle, affective et familiale.
Enfin, par souci d'honnêteté, n'oubliez pas que Morihei Ueshiba a fait un trait d’union entre Extrême-Orient et Occident. Sans l’apport de la culture et de la façon de penser occidentales dans sa démarche, il n’y aurait pas eu cet effort de recherche, d’analyse, en bon sens du terme. Ueshiba a ouvert un pont au niveau universel ; il a cassé son armature culturelle première pour s’ouvrir à tous.
Pour terminer, pouvez-vous nous énumérer quelques valeurs fondamentales pour réaliser en soi la métamorphose de la violence ?
Evacuer les tensions physiques et psychologiques de manière à concevoir la Discipline non comme une méthode de self-défense, mais comme un procédé antistress, de maîtrise individuelle et de longue vie harmonieuse. Favoriser et cultiver une recherche permanente de l'esthétique dans la gestuelle. Eradiquer les réactions brutales, tant physiques que mentales, abandonner toute vélléité d'agressivité et éviter les techniques dangereuses. Développer un comportement moral et social, dans le respect de son prochain. Pour terminer, appréhender la pratique telle un jeu, dont le but exclusif et d'éveiller et faire éclore notre maître intérieur.
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(*): Shobu aïki : "Voie de la sagesse par l'étude et la compréhension de l'aïki", c'est ainsi que le Maître Ueshiba désignait son art sur ses vieux jours.
Sumikiri, Jean-Daniel Cauhépé
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Gtao : Jean-daniel Cauhépé, pouvez-vous nous exposer les raisons qui vous ont conduit à créer l’école de Sumikiri® ? J.D C. : En 1984, j’ai découvert le terme de sumikiri®, qui signifie " action de tailler, d’enlever les angles d’un carré ", dans un livre de Kisshomaru Ueshiba paru cette année-là, The spirit of Aïkido. La portée symbolique de ce terme, renvoyant aux figures du carré, du cercle et du triangle, souvent utilisé par Maître Ueshiba, a confirmé, au-delà de mon expérience de pratiquant, ma compréhension de la démarche spirituelle du fondateur, qui, de l’aïki-jujutsu en passant par l’aïkibudo, a abouti à l’aïkido, pour concevoir l’aïkido de sumikiri®, puis, sur ses vieux jours, le shobu aïki (1) . Cette dimension m’avait été explicitée - sans entrer dans le détail - par André Nocquet sur le plan conceptuel, puis par le docteur Warcollier sous son aspect culturel et ésotérique. Sur le plan physique, l’illustration m’en avait été donnée magistralement par maître Koichi Tohei quelques années plus tôt. En 1985, un certain nombre de pratiquants qui, avec les ans, avaient développé une vision de la vie différente, m’ont sollicité pour créer un groupe d’étude, prolongeant le cercle d’étude des ceintures noires que j’avais fondé en 1963. De là est née l’école de Sumikiri®. Il m’a fallu quarante ans de pratique, et vingt ans d’étude et de réflexion, en marge de toute structure officielle, pour synthétiser l’enseignement dispensé dans notre école. Gtao : Cette école, la vie s’était chargée douloureusement de vous y conduire ? J.D. C. : C’est exact. A la même époque, j’ai été victime d’un très grave accident de voiture qui m’a laissé brisé physiquement (fractures cervicales, hémiplégie). Incapable d’utiliser la force musculaire, j’ai dû développer " autre chose ". Les séquelles et douleurs de l’accident m’ont fait gagner trente ans de pratique ! Gtao : Qu’est-ce qui distingue le concept de l’école de sumikiri® de ceux des autres écoles d’aïkido ? J.D. C. : Ce qui distingue notre école, c’est la conception du terme budo (courage et volonté) compris dans un sens transcendantal. Car mon cheminement est celui d’un militaire qui a combattu cinq ans et vécu la réalité de la guerre. Ceci m’a permis de comprendre l’évolution d’un maître d’armes nippon en véritable Maître, enseignant la réconciliation des hommes entre eux, en eux, et avec la nature. Ce cheminement de la violence à la compassion est naturel, au contraire de la tendance actuelle des pratiquants qui s’imaginent, parce qu’ils font de l’aïkido martial, qu’ils vont refaire le chemin parcouru par Morihei Ueshiba ! Quelle non-sens et quelle perte de temps ! Ueshiba lui-même disait ceci : " j’ai crée l’aïkido pour que les autres n’aient pas à subir un entraînement aussi fou. Pourquoi persistez-vous à pratiquer d’une manière aussi insensée ?" Lorsque vous avez lu ceci, ou lorsque vous lisez les lettres que le fondateur a écrites à André Nocquet(2), ou lorsque vous avez entendu Maître Murashige déclarer " Ce qui est le plus important dans l’aïkido, c’est l esprit ", vous ne pouvez qu’être modeste, et délaisser la vulgarité de la self-défense primaire. Dans notre enseignement, nous développons la notion de non-agir. La projection active d’un attaquant n’existe pas, puisque c’est lui qui s’effondre, n’ayant rencontré au terme de son attaque que…le vide ! Ce n’est pas le pratiquant de sumikiri® qui dispense les énergies, ce sont ses partenaires ! Gtao : Concrètement, quelle pratique propose l’école de Sumikiri® ? J.D. C. : Nous proposons une gestuelle issue des techniques propres au génie japonais, que Morihei Ueshiba a extraites de leur gangue guerrière, et de la gestuelle fondamentale du ba gua zhang, enseignée d’ailleurs par Ueshiba sous le vocable de " main-épée ". Cette gestuelle a été affinée et systématisée par le génie de Koichi Tohei. Plus concrètement, notre pratique est sous-tendue par ce que nous appelons les Exigences (voir tableau), les principes du ki, l’utilisation du pouvoir énergisant des phonèmes, et de la musique. Elle procure une attitude psychocorporelle par les exercices que nous appelons callisthéniques (forme et beauté), donnant naissance aux innombrables " mouvements-univers " de l’Art. Lorsqu’il y a coordination juste, elle fait éclore le " Boryoku no Hembo ", soit la Métamorphose de la violence en soi… Cette attitude juste, tout pratiquant de l’école de sumikiri® est encouragé à la travailler, sur le tatami comme dans la vie. Gtao : Avez-vous conservé dans votre école le travail des armes ? J.D. C. : Bien sûr, nous utilisons le ken, le jo, le tanto. A propos du ken, ma rencontre avec Harimoto Murashige m’a beaucoup influencé. Cela m’a permis de saisir la portée profonde de l’aïki-ken, celui de la coupe symbolique des huit démons en soi, comme exprimé dans la légende japonaise du kami Suzano tranchant le serpent octuple. Gtao : C’est un exercice difficile, mais je souhaiterais, pour finir, vous demander une phrase qui résume votre enseignement. J.D. C. : l’Art de Sumikiri® a pour but d’éveiller le Maître intérieur en nous, loin du bruit, des agitations et des vanités du monde… Propose recueillis par D. Radisson (1) lit. " Budo créateur de sagesse et de discernement dans la vie " (2) " Passer des dan n’est pas capital, ce qui est essentiel, c’est passer des dan d’amour ". Lettre de M. Ueshiba à André Nocquet |

L'Autre dans l'art de Sumikiri
Le rapport à l’autre pose question dans les arts internes car ils semblent se centrer en premier lieu sur la réalisation de l’individu. Une certaine qualité de réalisation étant obtenue, l’expérience engloberait alors autrui, confirmant que lorsqu’un individu est attiré par la découverte de la transcendance, il a toujours besoin de se retirer en lui-même. Or, dans l’art de Sumikiri (en japonais : «action d’enlever les quatre angles à un carré»), toute réalisation passe obligatoirement par l’expérience de l’autre.
L’Autre : finalité de l’art de Sumikiri
Sur le plan humain, la finalité de notre art est d’avoir une attitude de Miséricorde et d’Amour quelle que soit la conduite de l’autre, même dans ses extrémités les plus violentes. Nous comprenons donc qu’il n’y a pas de mouvement ou de technique sans cet Autre. Il est au pratiquant ce que l’eau est au poisson, l’air à l’oiseau. L’Autre est à la fois support et élément créateur de la gestuelle. L’Autre n’est pas envisagé tel un adversaire mais comme un partenaire, il est la différence dont il faut tenir compte sans cesse, mais aussi le miroir dans lequel nos erreurs et nos réussites se reflètent.
Se guérir soi et guérir l’Autre
Lorsque le Maître Morihei Ueshiba maintenait au sol un partenaire, son attitude consistait à métamorphoser le ki de l’attaquant, agissant tel un thérapeute, il déclarait : «Je l’ai simplement aidé à se calmer en me mettant à sa place !». Nous comprenons le principe du «Shobu-Aïki» qui consiste effectivement à se mettre à la place du partenaire et agir avec confiance et foi en rayonnant l’énergie. C’est une mission de pacification car O Sensei déclarait que son art «est médecine pour un monde malade». Tout attaquant est considéré comme un être souffrant, en détruisant la spirale de violence, nous nous sauvons nous-même, en un même geste, nous guérissons attaquant et attaqué.
C’est pour cela que nous avons adopté comme règles fondamentales :
- Percevoir l’intention du partenaire,
- Adhérer à l’action du partenaire,
- Se mettre à la place du partenaire.
Rendre l’Autre à lui-même
L’Autre, on ne peut l’aliéner, ni le dominer, car alors nous sommes dans l’erreur, et il n’y a pas d’harmonisation des énergies. L’Autre que l’on ne peut endoctriner, ni façonner, ni formater, car alors nous deviendrions des manipulateurs. Il n’existe de «Mouvements Univers» réussis que si nous rendons l’Autre à lui-même, dépouillé d’agressivité, d’inertie non créatrice, d’hostilité ou de complicité collaboratrice, vidé ensemble de tout attachement. La gestuelle correcte signifie que nous sommes parvenus ensemble à recréer un espace-temps harmonique.
L’harmonie de la relation
Nous ne rappellerons pas ici tous les procédés «internes», nous évoquerons seulement pour nous faire comprendre la symbolique bien connue du Taïki. Tous les «Mouvements Univers» que nous traçons avec le partenaire sont des spirales nées du Taïki, expression de la Loi d’Harmonie, faite de balancements, de «pleins et de vides», d’alternances, d’expansions, de contractions, d’inspirs et d’expirs, de rythmes et de girations. Ces mouvements calqués sur le déroulement du Taïki s’enchaînent dans une alternance de yin et de yang, ainsi avec le partenaire nous jouons selon le principe du mouvement perpétuel qui englobe les phases de naissance — croissance — décroissance — mort — re-naissance… Ce procédé permet de rejoindre l’idéal des Sages anciens qui était d’unir le Ciel, l’Homme et la Terre, pour lesquels les jeux de l’altérité conduisaient à l’Unité.
Comme l’exprimait Morihei Ueshiba : «Une fois que vous les aurez enveloppés dans votre cœur, vous serez à même de les guider le long du chemin que vous indiqueront le Ciel et la Terre».
Source : http://www.sumikiri.com/galerie/html/gtao28.htm
04 décembre 2005
Interview de Morihei Ueshiba
Aïki News : Quand j'étais à l'université mon professeur de philosophie nous a montré le portrait d'un philosophe célèbre et je suis frappé par votre ressemblance avec lui, Sensei.
O-Sensei : je vois. Peut-être ai-je pratiqué la philosophie. Mon côté spirituel est plus souligné que mon côté physique.
Aïki News : Il est dit que l'aïkido diffère tout à fait du karaté et du judo.
O-Sensei : à mon avis, on peut dire que c'est le vrai art martial. La raison en est que Aïkido est un art martial basé sur la vérité universelle. Cet Univers est composé de nombreuses parties différentes et, de plus, l'Univers est uni comme une famille et symbolise l'état suprême de paix. En ayant une telle vue de l'Univers, l'aïkido ne peut pas ne pas être un art martial d'amour. Aïkido ne peut pas être un art martial de violence. Pour cette raison, on peut dire que l'aïkido est une autre manifestation du Créateur de l'Univers. Autrement dit, l'aïkido ressemble à un géant (immense dans la nature). Donc, dans l'aïkido, le Ciel et la Terre deviennent les sources, recevant un enseignement. L'état d'âme de l'aïkidoka doit être paisible et totalement non violent. C'est-à-dire cet état d'âme spécial qui transforme la violence en un état d'harmonie. Et c'est, je pense, le véritable esprit des arts martiaux japonais. On nous a donné cette terre pour transformer un ciel sur la terre. L'activité guerrière est totalement hors de propos.
Aïki News : Il diffère tout à fait des arts martiaux traditionnels, alors.
O-Sensei : En effet, c'est tout à fait différent. Si nous regardons derrière nous dans quelque temps, nous verrons comment les arts martiaux ont été abusés. Pendant la Période Sengoku (1482-1558) (la signification de Sengoku : "des pays faisant la guerre") des notables locaux ont employé les arts martiaux comme un outil de combat pour servir leurs intérêts privés et satisfaire leur avidité. Ce qui était, je pense, totalement inopportun. J'ai moi-même été initié aux arts martiaux afin de tuer des soldats durant la Guerre, ce qui m'a profondément dérangé une fois le conflit terminé. Cela m'a poussé à découvrir l'esprit véritable de l'aïkido il y a sept ans, temps durant lequel je me suis heurté à l'idée de construire un ciel sur la terre. La raison de cette résolution était que bien que le ciel et la terre (c'est-à-dire, l'univers physique) avaient atteint un état de perfection et étaient relativement stables dans leur évolution, l'humanité (particulièrement les japonais) semblait être dans un état de bouleversement. Nous devons tout d'abord, faire évoluer cette situation. La réalisation de cette mission mène sur le chemin de l'évolution vers l'humanité universelle. Lorsque j'ai réalisé ceci, je suis arrivé à la conclusion que le vrai aïkido est Amour et Harmonie. Ainsi le "bu" dans l'aïkido est l'expression d'Amour. J'étudiais l'aïkido pour servir mon pays. Ainsi, l'esprit de l'aïkido peut seulement être Amour et Harmonie. L'aïkido est né conformément aux principes et aux travaux de l'Univers. Donc, c'est un budo de victoire absolue.
Aïki News : Pouvez-vous nous parler des principes d'aïkido ? Le grand public considère l'aïkido comme quelque chose de mystique comme le ninjutsu, du fait que vous, Sensei, avez réussi à maitriser des adversaires énormes (qui pouvaient soulever des objets pesant plusieurs centaines de livres) et ce avec une telle rapidité.
O-Sensei : Il semble seulement être mystique. Dans l'aïkido nous utilisons uniquement l'énergie de l'adversaire. Ainsi plus votre adversaire utilise d'énergie, plus vous pouvez utiliser cette énergie.
Aïki News : Alors, dans ce sens, il y a aiki dans le judo aussi, puisque dans le judo vous synchronisez votre rythme avec le rythme de votre adversaire. S'il tire, vous poussez, s'il pousse, vous tirez. Vous le déplacez selon ce principe et le faites perdre son équilibre et appliquez ensuite votre technique.
O-Sensei : Dans l'aïkido, il n'y a absolument aucune attaque. Attaquer signifie que l'esprit a déjà perdu. Nous adhérons au principe de non-résistance absolue, c'est-à-dire nous ne nous opposons pas à l'attaquant. Ainsi, il n'y a aucun adversaire dans l'aïkido. La victoire dans l'aïkido est masakatsu agatsu (la victoire correcte est la victoire sur soi-même) puisque vous vainquez conformément à la mission du ciel, vous possédez la force absolue.
Aïki News : Est ce que cela signifie ato no sen ? (Ce terme se réfère à une ultime réponse à une attaque.)
O-Sensei : Absolument pas. Ce n'est pas une question de sensen no sen ou de sen no sen, si je devais essayer de l'expliquer, je dirais que vous contrôlez votre adversaire sans essayer de le contrôler. C'est-à-dire l'état de victoire continue. Il n'est pas de question de victoire ou de défaite face à un adversaire. Dans ce sens, il n'y a aucun adversaire dans l'aïkido. Même si vous avez un adversaire, il devient une partie de vous, un partenaire que vous contrôlez seulement.
Aïki News : Combien de techniques existent en aïkido ?
O-Sensei : Il y a environ 3,000 techniques de base et chacune d'entre elles a 16 variantes ... ainsi il en existe quelques dizaines de milliers. Et selon la situation, vous en créez de nouvelles.
Aïki News : Quand avez-vous commencé l'étude d'arts martiaux ?
O-Sensei : J'ai commencé à l'âge de 14 ou 15 ans. J'ai d'abord appris le Tenshinyo-ryu Jiujitsu de Tokusaburo Tozawa Sensei, puis le Kito-ryu, le Yagyu-ryu, le Aioi-ryu et le Shinkage-ryu qui sont des formes de jujutsu. Cependant, je pensais qu'il pouvait exister une vraie forme de budo ailleurs. J'ai donc essayé le Hozoin-ryu sojitsu et le kendo. Mais tous ces arts sont axés sur des formes de combat 1 contre 1 et ne pouvaient me satisfaire. J'ai donc voyagé à travers tout le pays cherchant la Voie et la formation, mais en vain.
Aïki News : C'est la formation ascétique du guerrier ?
O-Sensei : Oui, la recherche du vrai budo. Quand j'eu l'habitude d'aller dans d'autres écoles je ne défiais jamais le sensei du dojo. Un sensei responsable d'un dojo est chargé de beaucoup de responsabilités, donc il est très difficile pour lui pour montrer sa vraie valeur. Avec tout le respect que je lui devais j'apprenais de lui. Si je me jugeais supérieur, je lui montrais à nouveau tout mon respect et je rentrais chez moi.
Aïki News : Alors vous n'avez pas commencé par apprendre l'aïkido. Quand l'aïkido vous est il apparu ?
O-Sensei : Comme je vous l'ai dit auparavant, je suis allé à beaucoup d'endroits à la recherche du véritable budo ... Lorsque j'eue environ 30 ans, je me suis installé dans Hokkaido. Par hasard, à l'Auberge Hisada de Engaru, Province de Kitami, j'ai rencontré un certain Sokaku Takeda Sensei du clan Aizu. Il a reçu un enseignement Daito-ryu jujutsu. Durant 30 jours j'ai appris de lui et j'ai senti comme une inspiration. Plus tard, j'ai invité cet enseignant en ma maison et ensemble avec 15 ou 16 de mes employés j'ai continué à étudier en cherchant l'essence du budo.
Aïki News : Avez-vous découvert l'aïkido tandis que vous appreniez le Daito-ryu auprès de Sokaku Takeda ?
O-Sensei : Non, il serait plus précis de dire que Takeda Sensei m'a ouvert les yeux au budo.
Aïki News : Y a-t-il eue des circonstances spéciales entourant votre découverte de l'aïkido ?
O-Sensei : Oui en effet. Mon père est tombé très malade en 1919. J'ai demandé le congé de Takeda Sensei et suis retourné chez moi. Sur le chemin, on m'a dit que l'on pouvait passer par Ayabe près de Kyoto afin de dédier une prière pour que n'importe quelle maladie soit guéri. J'y suis donc allé et j'y ai rencontré Onisaburo Deguchi. Ensuite, quand je suis arrivé chez moi, j'ai appris que mon père était déjà mort. Bien que j'aie rencontré Sensei Deguchi seulement une fois, j'ai décidé de retourner à Ayabe avec ma famille et d'y rester jusqu'à la dernière partie de la période Taisho (autour de 1925). Oui ... j'avais environ 40 ans. Un jour je me séchait vigoureusement. Soudain une cascade lumineuse et d'or est descendue du ciel enveloppant mon corps. Alors immédiatement mon corps est devenu plus grand, atteignant la taille de l'Univers entier. Tandis qu'écrasé par cette expérience je me suis soudain rendu compte qu'il ne faut pas essayer de gagner. La forme de budo doit être l'amour. Il faut vivre en amour. C'est l'aïkido et c'est la forme ancienne des positions dans le kenjutsu. Après cette réalisation j'étais ravi et ne pouvais retenir les larmes.
Aïki News : Alors, dans le budo, il n'est pas bon d'être fort. Depuis des temps anciens l'unification "corps" et "esprit" a été enseigné. En effet, l'essence du budo ne peut pas être comprise sans vider votre esprit. Dans cet état, ni le bien ni le mal n'ont de signification.
O-Sensei : Comme j'ai dit précédemment, l'essence de budo est la Voie de masakatsu agatsu (la véritable victoire est la victoire sur soi même).
Aïki News : J'ai entendu une histoire dans laquelle vous avez été impliqué lors d'un combat avec environ 150 ouvriers.
O-Sensei : j'y étais ? Autant que je me souvienne ... Deguchi Sensei est allé en Mongolie en 1924 pour réaliser son objectif d'une communauté asiatique plus grande conformément à la politique nationale. Je l'ai accompagné à sa demande bien que l'on m'ait demandé d'entrer à l'armée. Nous avons voyagé en Mongolie et en Manchourie. Tandis que voyagions dans ce dernier, nous avons rencontré un groupe de bandits à cheval et des coups de feu ont éclaté. J'ai riposté avec un mauser et ai ensuite continué à me battre au milieu des bandits, les attaquant avec acharnement et ils se sont dispersés. J'ai réussi à me sortir de ce danger.
Aïki News : Je comprends, Sensei, que vous avez beaucoup de rapports avec la Manchourie. Avez-vous passé une longue période là bas ?
O-Sensei : Depuis cet incident je suis allé en Manchourie fort souvent. J'étais conseiller en arts martiaux pour l'organisation Shimbuden ainsi que pour l'Université Kenkoku en Mongolie. C'est pour cette raison que je fut toujours bien reçu.
Aïki News : Ashihei Hino a écrit une histoire appelée "Oja no Za" dans Shosetsu Shincho dans lequel il narre la jeunesse de Tenryu Saburo, le rebelle du monde Sumo et sa rencontre avec l'art martial d'aïkido et son vrai esprit. Cela vous a-t-il marqué, Sensei ?
O-Sensei : Oui.
Aïki News : Alors, cela signifie-t-il que vous avez été lié à Tenryu durant cette période ?
O-Sensei : Oui. je l'ai hébergé durant environ trois mois.
Aïki News : C'était en Manchourie ?
O-Sensei : Oui. Je l'ai rencontré lorsque nous faisions le tour de Manchourie après la célébration marquant le 10ème anniversaire de l'établissement du gouvernement. Il y avait un homme de forte corpulence qui regardait à la présentation et beaucoup de personnes le poussaient et commentaient "Ce Sensei a une force énorme. Pouvez vous le mettre à l'épreuve ?" J'ai demandé à une personne à mes côtés qui était cet homme. On m'a alors expliqué qu'il était le célèbre Tenryu, qui s'était mis à l'écart de l'Association des lutteurs de Sumo. Je lui ai alors été présenté. Finalement, nous avons opposer notre force contre l'un l'autre. Je me suis assis et ai dit à Tenryu, "essayez S'il vous plaît de me renverser. Poussez durement, il n'y a aucun besoin de retenir." Puisque je connaissais le secret d'aïkido, je ne pouvais pas être déplacé un pouce. Même Tenryu a semblé étonné à cela. Suite à cette expérience il est devenu un étudiant d'aïkido. Il était un homme bon.
Aïki News : Sensei, avez-vous été aussi associé à la marine ?
O-Sensei : Oui, durant une longue période. Commençant en 1927 ou 1928, pour une durée d'environ 10 ans j'étais professeur à temps partiel à l'École navale.
Aïki News : Avez-vous enseigné aux soldats lorsque vous étiez à l'École navale ?
O-Sensei : tout à fait, j'ai souvent enseigné pour les militaires, en commençant par l'École navale aux alentours de 1927-1928. Vers 1932 ou 1933 j'ai ouvert une classe d'arts martiaux à l'École Toyama pour l'armée. Puis vers 1941-1942 j'ai enseigné l'aïkido aux étudiants de l'École de la Police Militaire. Puis, j'ai effectué une démonstration d'aïkido sur l'invitation du Général Toshie Maeda, Surveillant de l'Académie De l'armée.
Aïki News : Puisque vous avez enseigné aux soldats, vous avez du rencontrer des brutes et de nombreuses péripéties.
O-Sensei : Oui. Je suis même tombé dans des embuscades.
Aïki News : Est-ce parce qu'ils vous considéraient comme un enseignant autoritaire ?
O-Sensei : Non, ce n'était pas cela. Ils devaient évaluer ma force. Une soirée, alors que je marchais sur le terrain ou j'enseignais, j'ai senti quelque chose d'étrange qui se passait. J'ai estimé que ce que je ressentais était. Soudaint, de toutes les directions, des buissons et des tranchés de nombreux soldats sont apparu et m'ont encerclé. Ils ont commencé à me frapper avec des bokken (épées en bois) et des fusils en bois. Mais comme j'étais habitué à cet exercice je ne me suis pas opposé. Comme ils essayaient de me toucher mon corps esquivait ces coups et ils sont tombés facilement. Finalement, ils se sont tous épuisé. En tout cas, ils furent tous surpris. Il y a peu de temps, j'ai rencontré un des hommes qui m'ont attaqué. Je suis toujours conseiller auprès des Anciens étudiants Militaires de Police de la Préfecture de Wakayama. Durant une réunion récente, un homme m'a reconnu et s'est approché de moi avec le sourire. Après avoir parlé durant quelques minutes, j'ai appris qu'il était un des hommes qui m'avaient attaqué ce jour il y a des années. En se grattant sa tête il m'a raconté la chose suivante : "je suis extrêmement désolé de cet incident. Ce jour nous voulions vraiment savoir si le nouveau professeur d'aïkido était vraiment fort. Un groupe d'entre nous, de la police militaire, discutait de cette question et a décidé de tester le nouvel enseignant. Environ 30 hommes étaient à l'affût. Nous avons été complètement stupéfait que 30 hommes comme nous, pleins d'assurance, ne pouvions rien faire face à votre force."
Aïki News : Y a-t-il eue des péripéties de ce type alors que vous étiez à l'École Toyama ?
O-Sensei : concours de force ? Un incident a eu lieu, je crois, avant l'épisode avec la police militaire. Plusieurs capitaines qui étaient des instructeurs à l'École Toyama m'ont invité à tester ma force contre la leur. Ils étaient tous fiers et sur d'eux, de leurs capacités, disant des choses comme : "je suis capable de soulever tel poids," ou "j'ai cassé un rondin de tant de pouces de diamètre" alors je leur ai expliqué," je n'ai pas de force comme la vôtre, mais je peux faire chuter des hommes comme vous avec seulement mon petit doigt. Je vous plains si vous chutez, donc testons avec mon doigt au lieu de nous opposer." J'ai étendu mon bras droit et j'ai détendu le bout de mon index sur la bord d'un bureau et les ai invités à se coucher sur mon bras. Un, deux, puis trois officiers sur mon bras alors chacun a ouvert de grands yeux. J'ai continué jusqu'à six hommes sur mon bras et j'ai ensuite demandé à l'officier étant debout près de moi de me servir un verre d'eau. Comme je buvais l'eau avec ma main gauche j'ai échangé avec chacun un regard calme.
Aïki News : À part l'aïkido, vous devez posséder une énorme force physique.
O-Sensei : Pas vraiment.
Kisshomaru Ueshiba : Bien sûr qu'il possède une force, mais elle doit être décrite comme la puissance du ki, plutôt que comme la force physique. Il y a quelque temps, alors que nous allions à une inauguration dans le pays, nous avons vu sept ou huit ouvriers essayant en vain soulever une souche d'arbre énorme. Mon père était debout les regardant un instant, puis il leur a ensuite demandé de se mettre sur le côté afin qu'il puisse essayer. Il a soulevé la souche facilement et l'a promptement emporté. Il est totalement inconcevable de faire une telle chose avec la simple force physique. Il y a eue aussi un incident impliquant un certain Mihamahiro.
Aïki News : En était il de même avec Mihamahiro de l'Association de Lutte de Takasago Beya Sumo ?
O-Sensei : Oui. Il était de la Province de Kishu. Lorsque j'étais à Shingu (Wakayama), Mihamahiro réussissait dans le Sumo. Il avait une force énorme et pouvait soulever trois rails de plusieurs centaines de livres. Quand j'appris que Mihamahiro était en ville, je l'ai invité à venir. Tandis que nous parlions, Mihamahiro a dit, "j'ai aussi entendu dire que vous, Sensei, possédez une grande force. Pourquoi ne pas tester notre force ?" "très bien. Je peux vous immobiliser avec mon index seul," ai-je répondu. Alors je lui ai demandé me pousser tandis que j'étais assis. Ce partenaire capable de soulever des poids énormes a râlé et a haleté, mais il ne pouvait pas me renverser. Après cela, j'ai dirigé sa puissance loin de moi et il est allé voler. Comme il est tombé je l'ai immobilisé avec mon index et il est resté totalement immobile. cela a ressemblé à un adulte immobilisant un bébé. Alors j'ai suggéré qu'il essaye de nouveau et de pousser contre mon front. Cependant, il ne pouvait pas me déplacer du tout. Alors j'ai étendu mes jambes en avant et, m'équilibrant, j'ai soulevé mes jambes du plancher et le faisais me pousser. Il ne pouvait pas me déplacer. Il a été étonné et a commencé à étudier l'aïkido.
Aïki News : Quand vous dites que vous immobilisez une personne d'un doigt, touchez-vous un point vital ?
O-Sensei : je dessine un cercle autour de lui. Sa puissance est enfermée à l'intérieur de ce cercle. Peu importe la force de cet homme, il ne peut pas étendre sa puissance à l'extérieur de ce cercle. Il devient impuissant. Ainsi, si vous immobilisez votre adversaire tandis que vous êtes à l'extérieur de son cercle, vous pouvez le tenir avec votre index ou votre petit doigt. C'est possible parce que l'adversaire est déjà devenu impuissant.
Aïki News : De nouveau, c'est une question de physique. Dans le judo aussi, quand vous projetez un adversaire ou l'immobilisez vous vous placez dans la même position. Dans le judo, vous vous déplacez de façons diverses et essayez de placer votre adversaire dans une telle position.
Votre femme aussi est de la Préfecture de Wakayama ?
O-Sensei : Oui. Son nom de jeune fille à Wakayama était Takeda.
Aïki News : Le nom de famille de Takeda est étroitement associé aux arts martiaux.
O-Sensei : Vous pouvez le dire. Ma famille a été loyale envers la Famille Impériale depuis de nombreuses générations. Un soutien sans réserves. En fait, mes ancêtres ont renoncé à leurs biens et à la fortune et se sont déplacés partout au service de la Famille Impériale.
Aïki News : Vous aussi, Sensei, vous êtes continuellement déplacés lorsque vous étiez un jeune homme, cela a dû être très difficile pour votre femme.
O-Sensei : En effet j'étais très occupé et je n'ai pas passé beaucoup le temps à la maison.
Kisshomaru Ueshiba : La famille de mon père était assez aisée, de ce fait, il avait donc la possibilité de poursuivre sa recherche dans les arts martiaux. Et une autre chose, autre des caractéristiques de mon père est qu'il se soucie peu de l'argent. L'incident suivant a eu lieu lorsque mon père s'est installé à Tokyo en 1926, sa deuxième visite dans la capitale, il est d'abord venu seul et a ensuite été suivi par la famille, venant de Tanabe en 1927. Nous nous sommes tous installés à Sarumachi, Shibashirogane à Tokyo. Nous avons loué cet endroit grace à M. Kiyoshi Yamamoto, fils du Général Gambei Yamamoto. Mon père possédait une beaucoup de propriétés autour de Tanabe, y compris des domaines cultivés et non cultivés et du terrain montagneux. Cependant, il avait peu d'argent. Il a dû emprunter de l'argent pour venir à Tokyo. Malgré cela, il ne lui est jamais arrivé pour vendre n'importe quelle terre. Non seulement cela, quand ses étudiants apportés sur les offres mensuelles qu'il répondrait, "je ne veux pas de cela." Il leur a dit de l'offrir au kamisama (la déité) et n'a jamais accepté directement l'argent . Et quand il était dans le besoin d'argent il se présenterait lui-même humblement devant l'autel du kamisama et recevrait des cadeaux de la déité. Nous n'avons jamais pensé gagner de l'argent avec le budo. L'endroit ou il enseignait à cette période était la pièce de billard de l'hôtel particulier de Shimazu. Beaucoup de dignitaires, y compris des officiers militaires comme l'Amiral Isamu Takeshita et beaucoup d'aristocrates, sont venus pour pratiquer. Le nom que nous avons employé était aikijujutsu ou Ueshiba-ryu aikijutsu.
Aïki News : Quel est un bon âge pour commencer à suivre une formation d'aïkido ?
Kisshomaru Ueshiba : Vous pouvez commencer à recevoir une formation à l'âge de 7 ou 8 ans, mais la formation idéalement sérieuse doit commencer à environ 15 ou 16 ans. Physiquement parlant, le corps devient apte et les os plus forts à cet âge. En plus, l'aïkido contient de nombreux aspects spirituels (il est possible de pratiquer d'autres formes de budo), ou il faut être en âge d'acquérir une perspective du monde et de la nature de budo. Ainsi, en somme, je dirais 15 ou 16 ans est un bon âge pour commencer l'étude de l'aïkido.
Aïki News : Contrairement au judo, il y a très peu d'occasions de se mesurer avec son adversaire dans l'aïkido. Ainsi la force physique n'est pas exigée dans l'aïkido. De plus, vous pouvez pratiquer non pas qu'avec un mais beaucoup de partenaires en même temps. C'est vraiment un budo idéal. À cet égard, y a-t-il aussi beaucoup de bagarreurs qui viennent pour étudier l'aïkido ?
Kisshomaru Ueshiba : Bien sûr, ce type d'individus s'inscrit aussi. Mais quand ces personnes étudient l'aïkido avec l'intention de l'utiliser comme une arme pour le combat, ils ne restent pas bien longtemps. Le Budo ne ressemble pas à la danse ou l'observation d'un film. Vous devez pratiquer à tout les instants de votre vie quotidienne pour progresser. L'aïkido est une forme de budo qui a particulièrement employer la formation spirituelle. Aïkido ne peut jamais être employé comme une arme par ceux qui l'emploieraient pour le combat. Aussi, les individus attirés par la violence cessent de se comporter de cette façon quand ils apprennent l'aïkido.
Aïki News : Je vois ... avec formation régulière ils arrêtent de se comporter comme des bagarreurs.
O-Sensei : Puisque l'aïkido n'est pas un Bu (méthode martiale) de violence, mais plutôt un art d'amour, vous ne vous comportez pas violemment. Vous convertissez l'adversaire violent d'une façon douce. Ils ne peuvent pas se comporter comme des bagarreurs plus longtemps.
Aïki News : Je vois. Ce n'est pas contrôler la violence par la violence, mais transformer la violence par l'amour.
Aïki News : Qu'enseignez-vous d'abord comme principe de base de l'aïkido ? Dans le judo on apprend ukemi (la chute)...
Kisshomaru Ueshiba : D'abord, les mouvements d'esquive (taisabaki), puis le flux du ki ...
Aïki News : Qu'est ce "le flux du ki" ?
Kisshomaru Ueshiba : Dans l'aïkido, nous apprenons constamment à contrôler librement le ki de notre partenaire par le mouvement de notre propre ki, en l'attirant dans notre propre mouvement. Ensuite, nous apprenons à tourner notre corps. Vous déplacez non seulement votre corps, mais vos bras et pieds ensemble. Alors le corps entier devient unifié et se déplace sans à-coup.
Aïki News : En observant la pratique d'aïkido, les pratiquants semblent tomber naturellement. Quelle sorte de pratique faites-vous pour ukeml ?
Kisshomaru Ueshiba : À la différence du judo, où vous vous agrippez avec votre adversaire, dans l'aïkido vous maintenez presque toujours une certaine distance. Par conséquent, un type plus libre d'ukemi est possible. Au lieu de la chute avec un bruit sourd comme dans le judo, nous faisons des chutes circulaires, une forme très naturelle d'ukemi. Donc nous pratiquons avec à l'esprit les quatre éléments tout à fait diligemment.
Aïki News : Donc vous pratiquez tai no sabaki (des mouvements de corps), ki no nagare (ki le flux), tai no tenkan ho (le corps tournant), ukemi et commencez ensuite la pratique de techniques. Quel type de technique enseignez-vous d'abord ?
Kisshomaru Ueshiba : Shihonage, une technique pour projeter un adversaire dans beaucoup de directions différentes. C'est enseigné de la même manière dans la technique d'épée. Bien sûr, nous employons aussi le bokken (épée de bois). Comme je l'ai dit auparavant, dans l'aïkido même le partenaire devient une partie de votre mouvement. Je peux déplacer mon partenaire librement à volonté. Il suit naturellement quand vous pratiquez avec les moyens à votre disposition, à main nue ou avec une épée de bois, cela devient une partie de vous autant qu'un bras ou un pied. Donc, dans l'aïkido vous devez cessez de le considérer comme un simple objet. Cela devient une extension de votre propre corps.
Ensuite vient iriminage. Dans cette technique vous entrez alors même que votre adversaire essaye de vous frapper par des atemi (des coups). Par exemple, le partenaire frappe sur côté de votre visage avec son poing ou la main sabre (tegatana). En employant la puissance de votre partenaire, vous ouvrez votre corps à l'arrière gauche tout en menant sa main droite de vos deux mains étendues, en poursuivant dans la direction de son mouvement. Alors, tenant la main de votre partenaire vous le déplacez dans un mouvement circulaire autour de sa tête. Il tombe alors avec sa main enveloppée autour de sa tête.... Ceci est aussi fait avec le flux du ki... Il y a des théories sophistiquées diverses sur ce point. Il est alors totalement impuissant, ou plutôt sa puissance est guidée dans la direction que vous voulez le prendre. Ainsi plus son attaque est puissante plus cette puissance est pour vous. D'autre part, si vous vous opposez à la puissance de votre partenaire vous ne pouvez jamais espérer gagner contre une personne très forte.
O-Sensei : Dans l'aïkido vous n'allez jamais contre la puissance de celui qui attaque. Quand il vous attaque, la frappe ou la coupe avec une épée, il y a essentiellement une ligne ou un point. Tout que vous devez faire c'est éviter cela.
Kisshomaru Ueshiba : Ensuite nous faisons les techniques suivantes : à genoux ikkyo sur une attaque shomenuchi, nikyo, techniques alors communes et techniques d'immobilisation, et cetera...
Aïki News : L'aïkido contient beaucoup d'éléments spirituels. Combien de temps prendrait-il pour acquérir une compréhension de base d'aïkido en débutant par le commencement même ?
Kisshomaru Ueshiba : Nous ne pouvons répondre de façon générale, mais quand des personnes pratiquent durant environ trois mois, ils commencent à découvrir ce qu'est l'aïkido. Et ceux qui ont achevé trois mois de pratique recevront une formation pendant six mois. Si vous pratiquez pendant six mois, vous pouvez donc continuer pendant un temps indéfini. Ceux qui ont seulement un intérêt superficiel quitteront avant trois mois.
Aïki News : Je sais qu'il y aura un examen shodan le 28 de ce mois. Combien y a t il de détenteurs de ceinture noirs actuellement ?
Kisshomaru Ueshiba : Le rang le plus élevé est le 8ème Dan et il en existe quatre. Il y a six 7ème Dan. Et les détenteurs du Dan sont tout à fait nombreux, mais bien sûr ce chiffre inclut comprend ceux étant entrés en contact avec le Hombu Dojo après la Guerre.
Aïki News : Je comprends, il y a un nombre considérable des gens apprenant l'aïkido aussi dans des pays étrangers.
Kisshomaru Ueshiba : M. Tohei a visité Hawaii et les États-Unis dans le but d'enseigner l'aïkido. Le site ou l'aïkido est le plus populaire est Hawaii, il y a 1,200 à 1,300 pratiquants. Cette chiffre pour Hawaii serait équivalent à 70,000 ou 80,000 Aïkidoka à Tokyo. Il y a aussi quelques détenteurs de ceinture noires en France. Il y a un Français, André NOCQUET, qui a commencé à étudier l'aïkido après avoir étudié le judo. Il a voulu éprouver l'esprit d'aïkido, mais n'était pas capable d'accomplir cela en France. Il a estimé que pour chercher le vrai esprit d'aïkido il devait se rendre sur le lieu de naissance de l'art. C'est pourquoi il est venu au Japon. L'ambassadeur du Panama étudie aussi l'aïkido, mais il semble que le climat au Japon soit trop froid pour lui et il ne fait pas de pratique en hiver. Il y a aussi une dame nommée Onoda Haru qui est allé à Rome étudier sculpture. Elle est venue au dojo alors qu'elle était étudiante à l'École des Beaux artsde Tokyo. J'ai récemment reçu une lettre d'elle où elle dit qu'elle est arrivée de rencontrer un italien qui pratique l'aïkido.
Aïki News : Et concernant l'interprétation des techniques d'aïkido ?
O-Sensei : Les points essentiels deviennent masakatsu agatsu et katsuhayai. Comme j'ai dit précédemment, masakatsu "la victoire correcte" passe par agatsu "pour gagner conformément à la mission céleste donnée." Katsuhayai signifie "l'état d'âme de victoire rapide."
Aïki News : Le Chemin est long, n'est-ce pas ?
O-Sensei : le Chemin Aiki est infini. J'ai maintenant 76 ans, mais je continue toujours ma recherche. Ce n'est pas une tâche facile de suivre le Chemin des budo ou des arts. Dans l'aïkido vous devez comprendre chaque phénomène dans l'Univers. Par exemple, la rotation de la Terre et le système le plus complexe et d'une grande portée de l'Univers. C'est une formation perpétuelle.
Aïki News : Ainsi, l'aiki est un enseignement des kami aussi bien qu'une voie martiale. Alors dites nous qui est l'esprit de l'aïkido ?
O-Sensei : l'Aïkido est ai (amour). Vous faites ce grand amour de l'Univers votre coeur et ensuite vous devez réaliser votre propre mission la protection et l'amour de toutes les choses. Accomplir cette mission doit être le vrai budo. Le vrai budo signifie vous convaincre et éliminer le coeur agressif de l'ennemi... Non, c'est une voie de la perfection absolue dans laquelle l'ennemi même est éliminé. La technique d'aiki est une formation ascétique et une voie par laquelle vous atteignez un état d'unification du corps et de l'esprit par la réalisation des principes du Ciel.
Aïki News : La voie de l'aiki est la paix du monde ?
O-Sensei : le but suprême de l'aiki est la création du ciel sur la terre. En tout cas, le monde entier doit être en harmonie. Alors nous n'avons pas besoin de bombes atomiques ou à hydrogènes. Cela peut être un monde confortable et plaisant.
13 novembre 2005
Lexique de l'aïkido
Ik Kyo : Premier principe
Ni Kyo : Deuxième principe
San Kyo : Troisième principe
Yon Kyo : Quatrième principe
Go Kyo : Cinquième principe
Atemi : Frappe
Tsuki : coup de poing
Yoko Men Ushi : Coté tête frapper
Sho Men Ushi : Au-dessus tête frapper
Mae Geri : Face pied (coup de pied de face)
Gedan Shudan Jodan : Bas moyen haut (hauteur de frappe)
Shi Ho Nage : Quatre direction projection (projection dans les quatre directions)
Ko Te Gaeshi : Petit main torsion (petit cercle autour du poignet)
Ushi Katein Nage : Intérieure rotation projection
Soto Katein Nage : Extérieur rotation projection
Hiji Kime Osae : Coude blocage immobilisation
Ko Kyu Nage : Expirer inspirer projection
Ude Kime Nage : Bras blocage projection
Ten Chi Nage : Ciel terre projection
Koshi nage : Hanche projection
Ko kyu Ho : Expire inspire loi
Kiri Otoshi : Couper tomber
Sumi Otoshi : Angle tomber
Juji Garami : Croix nouer
Iri Mi : Centre corps
Aï Hami : Même garde
Kubi Shime : Cou étranglé
Kata Dori : épaule prise (Prise d'épaule)
Gyaku Hami : Inverse Garde (Garde inversée)
Katate Dori : une main prise (Prise d'une main)
Ryo Te Dori : deux mains prise (Prise des deux mains)
Muna Dori : Revers prise (Prise des revers à une main)
Ushiro Waza : Derrière technique (Technique par derrière)
Ryo Kata Dori : Deux épaules prise (Prise des deux épaules)
Han Mi Han Dachi : Moitié corps moitié debout (Tori assis Uke debout)
Ushiro Waza Eri Dori : Derrière technique col prise (Saisie du col par derrière)
Omote : De face
Ura : Face cachée, Dos
Tori : Celui qui exécute
Taï sabaki : Corps esquiver
Ten kan : Évoluer échanger
Uke : Celui qui subit
Suwari : A genoux
Citations de O sensei
Citations de Morihei Ueshiba 1883-1969 (fondateur de l'aïkido):
" L'aïkido est un art respiratoire, donc du souffle…Au commencement était la Force originelle, nous l'appelons le Ki. "
" Pour pratiquer l'aïkido vous devez calmer votre esprit, retourner à la source, nettoyer le corps et l'esprit, supprimer toute malice, égoïsme et désir "
" Comme Aï, harmonie, est commun avec Aï, amour, j'ai décidé de nommer mon unique Budo ; Aïkido "
" L'art que j'enseigne est non violent "
"L'aïkido est la réalisation de l'amour. Ceux qui cherchent à l'étudier devraient comprendre qu'il n'y a ni forme ni style, car ses mouvements sont ceux de l'univers dont la vérité est profonde et infinie"
" Ne comprenez-vous pas que vous devenez invincible dans tous les domaines si vous laissez agir le ki à votre place "
" Le geste spontané ne peut s'acquérir que par le " Non-faire " et le " Non-vouloir. " " Votre action doit reproduire l'ordre du cosmos, qui ne peut se manifester qu'en l'absence de toute pensée "
" La confusion survient quand le Ki stagne "
"Entrez sous le signe du triangle, réalisez le mouvement suivant le signe du cercle puis contrôler vers le bas sous le signe du carré "
"L'aïkido n'est pas une technique pour combattre ou vaincre un ennemi. C'est la voie de la réconciliation du monde, la voie de la réconciliation des extrêmes."
"Gagner veut dire : gagner sur l'esprit de désaccord en vous-même. Alors vous acceptez le grand pouvoir de l'unité avec la nature."
"L'aïkido est médecine pour un monde malade"
"Le vraie Budo est la voie de l'amour universel"
"Le budo n'est pas l'art de se servir très habilement d'une arme... il est la voie vers la sagesse éternelle..."
"Le vraie Budo consiste à accepter l'univers, à protéger tous les êtres de la nature, et à utiliser la paix dans notre esprit et notre corps."
"Le secret de l'aïkido réside dans l'unité de l'esprit, de l'intelligence et du corps."
" Ne regardez pas les yeux de votre adversaire, il pourrait vous absorber "
"L'énergie, le Ki ne doit jamais être employé pour attaquer ou se défendre"
" Le secret de l'Aïki est tout simple, il suffit d'être présent au présent "
" Si vous êtes présent au présent, vous réalisez la spontanéité totale de l'action "
" Si vous ne vous unissez pas au Vide absolu, vous ne comprendrez jamais totalement la Voie de l'aiki "
" L'aïkido est une forme de prière "
" Je suis le vide moi-même "
" Celui qui n'est possédé par rien, possède tout "
"Insuffisante est la construction d'oratoires et de temples. Faites de vous de vivantes images de Bouddha."
" Aussi longtemps que vous ressentirez ce qui est bon ou mauvais dans vos amis, vos provoquerez une faille par laquelle peut entrer la méchanceté dans votre cœur…Eprouver, entrer en compétition, critiquer les autres vous affaiblit et vous abat. "
" Celui qui a découvert le secret de l'Aïkido a l'univers en lui-même et peut dire " Je suis l'univers. "
" Le divin est à l'intérieur de vous et nulle part ailleurs "















