31 décembre 2005
Conseils pour la réalisation
"Continuez de faire le point, d'observer inlassablement le fonctionnement du mental, de la conscience, et vous réaliserez, dans votre coeur, et au delà de l'intellect, qu'à aucun moment, vous ne pouvez être à la fois celui qui perçoit, et ce qui est perçu ! Sans vous - le Témoin permanent - aucun spectacle n'est possible.... découvrez , réalisez que vous êtes La Base d'où tout s'élance chaque matin et où tout retourne chaque soir.... Il n'y a rien d'autre ! Et cela ne peut pas être compris, cela ne peut être que réalisé.
Ce que l'on appelle Réalisation n'est pas une grande compréhension, mais une gigantesque émotion dans laquelle la vie particulière de l'individu que l'on a cru être si longtemps, fusionne dans la Vie tout court... Et cela est une grande histoire d' Amour dans laquelle ce fameux intellect - bien fragile et impermanent - n'a vraiment qu'un second rôle sans grand intérêt."
Avec tout mon Amour,
Bernard
Source : http://www.etretoutsimplement.org/
Observer et reconnaitre
Est-ce qu'un jour je parviendrai à croire définitivement en ce qui m'apparaît évident sur l'instant ?
R - C'est bien là l'éternel problème : vous parlez de croyance et je vous conseille d'abandonner toutes croyances. Avez-vous besoin de croire que vous existez pour exister ? Ce sont les religions qui imposent des credos et qui demandent et même exigent de croire en ce qu'elles proclament. Croire signifie "tenir pour vrai" donc croire est un "a priori" et représente une simple éventualité. Croire, c'est donc accepter des idées, des principes, des théories que d'autres ont propagées, sans en avoir expérimenté l'authenticité. La religion impose une croyance et celui qui pratique "sa religion" doit s'y tenir, sinon il est hérétique. En résumé, la croyance représente une théorie et la pratique c'est ce qui est entrepris pour réaliser, connaître, notre vraie nature.
Quant à ce que je dis, il n'y a là rien de nouveau et personne ne vous demande d'y croire. Arrêtez, ne serait-ce qu'un instant, de vous identifier aux idées des autres, à une culture, à des credos, parce qu'ils ne sont pas le résultat de votre propre expérience ! Vous entendez mes réponses à vos questions, mais vous les attribuez à un individu et à des sensations qui en découlent et c'est dommage : écartez les apparences et vous entendrez différemment. Je n'expose pas de grandes théories à suivre, simplement je vous livre mon expérience telle qu'elle se présente et cela ne demande aucune croyance particulière en qui que ce soit, aucune adhésion à un quelconque credo. Mon conseil serait de ne croire qu'en Vous en tant que principe unique d'où s'élance tout le reste, mais cela doit être expérimenté et non faire l'objet d'une croyance...
Oui, cela peut s'arranger si les doutes et les convictions que vous entretenez sans cesse disparaissent et c'est en fait ce qui arrive chaque soir quand vous dormez...
La plus grande difficulté dans la recherche dite spirituelle réside dans le fait que le chercheur n'a pas l'expérience de l'état Absolu. Comment comprendre ce que l'on n'expérimente pas soi-même ? C'est impossible ! Ne basez donc pas votre recherche uniquement sur la compréhension.
Observez inlassablement le jeu de la Conscience et reconnaissez, une fois pour toutes, que vous ne pouvez pas être ce que vous observez - événements, sensations etc... Vous êtes Celui qui constate cela. Ne confondez plus les événements, les impressions ou sensations avec Celui qui constate leur existence : n'est-ce pas évident ? Vous n'êtes à aucun moment le spectacle, mais vous êtes en permanence, l'Unique spectateur. Votre nature véritable est l'Etre infini, mais l'entendre ou le savoir ne suffit pas, soyez cet Etre que vous êtes déjà !

Source : http://membres.lycos.fr/realisation/qd.htm
L'Esprit doit-il être purifié ?
"On parle souvent de purification de l'esprit ou de la psyché comme une étape essentielle avant l'acquisition de la connaissance du SOI. De quoi l'Esprit doit-il être purifié ? En quoi cette étape est-elle nécessaire au cours de la quête du SOI ? Quel est le moyen d'effectuer cette purification ?
R - Tout d'abord, précisons encore une fois qu'il n'y a aucune connaissance à acquérir pour être le SOI, puisque nous Le sommes déjà. Connaître le SOI, c'est tout simplement Etre le SOI. Comme nous sommes le SOI, mais que nous ne le savons pas réellement, c'est ce que nous prenons pour le SOI, c'est-à-dire l'EGO qu'il faut éliminer !
Quant à purifier l'esprit, c'est-à-dire l'Ame ou Ego, cela fait partie des diverses techniques utilisées par les religions ou mouvements spirituels ou encore écoles de Yoga. Cette purification n'a aucun sens pour celui qui suit le chemin de JNANA.
Mais précisons tout de même que procéder à une éventuelle purification suppose que nous sommes, au départ, impurs... Comprenons très clairement et une fois pour toutes que nous ne sommes jamais, à aucun moment impurs ! L'idée même d'impureté provient certainement, comme une foule d'autres conceptions, des multiples procédés de culpabilisation inventés par les religions... "Je" n'est pas le corps, comment pourrais-je un instant être pur ou impur ? Même le corps lui-même ne peut pas être pur ou impur, il est simplement provisoire et de ce fait soumis à des changements, à un début et donc une fin, c'est tout. D'autre part, vous rappelez-vous avoir un jour sollicité un corps ? Est-ce vous qui avez demandé à venir dans ce corps qui pour le moment est votre forme physique ? Il n'existe absolument rien d'impur ni en l'homme ni en aucune autre forme en ce monde. Tout ce qui existe, arrive simplement. Les choses sont simplement ce qu'elles sont : c'est après l'apparition de ces choses, formes, etc... que nous leur mettons des étiquettes : ceci est bien, cela est mal ; cette chose est pure, celle-ci est impure ; cet homme est blanc, celui-ci est noir, etc... Tout cela n'est que simple conception ! Qui suis-je moi, lorsque, dormant profondément le soir, ces idées, pensées, conceptions, convictions, certitudes, croyances, disparaissent ? Et si elles existent réellement, pourquoi ne sont-elles pas présentes dans le sommeil profond ?
Comme beaucoup d'autres mots, celui de purification doit être effacé de votre vocabulaire.
Au lieu de vouloir purifier l'Ego, il est préférable de réaliser qu'il n'existe que parce que le SOI le permet. Découvrons qui se cache derrière l'Ego et le chemin sera accompli !"

Source : http://membres.lycos.fr/realisation/qd.htm
07 décembre 2005
Introduction à l'Advaita
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Dans ses entretiens, Francis Lucille ne traite que d'un seul sujet: la conscience, notre nature véritable, l'Absolu. C'est là l'enseignement ancient de la non-dualité, le tronc commun de l'Advaita Vedanta, du Boudhisme Ch'an ou Zen, du Taoisme, du Soufisme et de la Gnose. Ce même tronc commun est au coeur du message que nous ont laissé les fondateurs de toutes les grandes religions. |
Introduction à l'Advaita Advaita est un mot sanscrit dont le sens litéral est <<non deux>> ( synonymes: non dualité, non-dualité). L'advaita n'est ni une philosophie, ni une religion. La non-dualité est une expérience dans laquelle il n'y a pas de séparation entre un sujet et un objet, entre un <<moi>> et le reste de l'univers, entre un <<moi>> et Dieu. C'est l'expérience de la conscience pure, notre nature véritable, se révélant comme bonheur absolu, amour et beauté. La conscience est définie comme ce qui perçoit ces mots-mêmes ici et maintenant. Le sage est celui qui se sait être cette conscience dans tous les moments de sa vie. Comme la conscience est impersonnelle et universelle, il n'y a en fait qu'un seul sage par-delà les apparentes distinctions de race, de gendre, d'age, etc. Un sage n'est pas nécessairement un enseignant spirituel, et un enseignant n'est pas forcément un sage. Ramana Maharshi, Krishna Menon et Jean Klein furent de tels sages qui enseignèrent au cours du XXème siècle. Ramana Maharshi avait recours à la méthode appelée <<enquête du soi>> avec ses disciples les moins avancés. L'aspirant qui pratique l'enquête du soi maintient son attention fixée sur la source de la pensée <<je>> et du sentiment <<je>> chaque fois que ces derniers se présentent. Une fois que l'éveil (ou illumination) s'est produit, l'enquête du soi continue sans effort. L'attention retourne spontanément à sa source à la fin de chaque pensée ou sentiment et aucune concentration n'est désormais nécessaire. Les disciples plus avancés peuvent être amenés directement à l'expérience de leur soi véritable par l'écoute de la vérité de la bouche même de leur gourou et/ou par l'écoute silencieuse en sa présence. C'est là la voie directe, utilisée, parmi d'autres, par Ramana Maharshi, Atmananda Krishnamenon et Jean Klein. Le processus de réalisation continue alors spontanément, avec l'aide de l'enseignant, jusqu'à ce que le corps-mental-univers du disciple réside fermement dans la paix et la félicité du Soi. Tout ce qui peut être dit au sujet de l'expérience non-duelle, y-compris ces mots, est, au mieux, une pâle approximation au niveau conceptuel, un simple panneau indicateur qui pointe vers l'expérience sans être l'expérience. La tradition du Boudhisme Zen emploie la métaphore du doigt pointant vers la lune: Bien que l'un pointe vers l'autre, doigt et lune appartiennent à deux planètes différentes. L'Advaita transcende toutes les religions, philosophies et nationalités. Il ne divise point, mais au contraire unifie. Alors que des membres sectaires de religions différentes ne peuvent jamais tomber d'accord sur leurs concepts de Dieu, des sages de provenances les plus diverses ne peuvent jamais être en désaccord sur leur commune expérience de la non-dualité. Les fondateurs de toutes les grandes religions étaient des sages.
L'éveil ou illumination est la re-connaissance soudaine de la non-dualité qui est, a toujours été et sera à jamais la réalité de notre expérience. La dualité est une illusion. La conscience n'est pas personnelle, privée et mortelle mais impersonnelle, universelle et éternelle. Il n'y a pas d'entité personnelle limitée, d'ego conscient. L'ego est un objet perçu, non la toute-percevante conscience. La réalisation du Soi est la stabilisation subséquente dans la paix, la félicité et la liberté de notre être naturel. Le monde, vu dans la lumière de la conscience impersonnelle, se révèle comme miracle permanent, spectacle divin célébrant sa source invisible. Un gourou (maître spirituel) vivant est nécessaire dans la plupart des cas pour contribuer à l'éveil et à la réalisation. Bien que le karana gourou ( le gourou dont le rôle est d'aider le disciple lors des derniers stades du processus de réalisation) apparaisse au disciple comme un être humain séparé, il (ou elle) est sciemment la conscience universelle. Il perçoit le disciple comme son propre Soi. La conscience du disciple, étant reconnue pour ce qu'elle est vraiment, entre en résonance avec la présence silencieuse du gourou. Le mental du disciple devient de plus en plus tranquille, avec ou sans échange de paroles, jusqu'au moment où le disciple a un aperçu de la joie sans cause inhérente à son être profond. Une relation d'amour, de liberté et d'amitié s'établit alors qui conduit à la stabilisation du disciple dans la paix et la félicité. Un karana gourou authentique ne se considère jamais comme supérieur ou inférieur à qui que ce soit, ni ne se considère ou considère quiconque comme un sage ou un ignorant, comme un maître ou un disciple. Cette attitude impersonnelle spontanée crée un parfum distinct d'amitié et de liberté qui est une condition nécessaire au succès des derniers stades du processus de réalisation. | |||||||||
Liste d'ouvrages recommandés En françaisJean Klein, TRANSMETTRE LA LUMIERE En anglaisKrishna Menon (Atmananda), ATMA NIRVRITI
(Source : http://www.francislucille.com/French.html ) |
Interview de Francis Lucille
UNE TORNADE DE LIBERTÉ
Dialogue avec Francis Lucille
Après des études scientifiques à l'École Polytechnique et à l'École Nationale Supérieure de l'Aéronautique et de l'Espace, Francis Lucille découvre en 1973 la sagesse orientale à travers les textes védantiques et bouddhistes. Cette découverte déclenche une profonde quête d'identité qui trouve sa résolution peu de temps après sa rencontre avec son maître spirituel qui a lieu en 1975. Pendant plus de quinze ans, à Bordeaux puis à San Francisco,des groupes se réunissent pour dialoguer avec lui et méditer. Ayant cessé ses activités professionnelles, il voyage désormais de par le monde, partageant son expérience avec les chercheurs de vérité qui viennent le rencontrer.
Que pouvons-nous attendre de nos rencontres?
Apprendre à ne pas attendre. Ne pas attendre est un grand art. Quand vous ne vivez plus dans l'attente, vous vivez dans une nouvelle dimension. Vous êtes libre. Votre mental est libre. Votre corps est libre. Comprendre intellectuellemnt que nous ne sommes pas une entité psycho-physique tendue vers le devenir est une première étape nécessaire, mais cette compréhension n'est pas suffisante. Le fait que nous ne sommes pas le corps doit devenir une expérience réelle qui pénètre et libère nos muscles, nos organes internes et même nos cellules. Une compréhension intellectuelle qui correspond à une re-connaissance subite et fugace de notre vraie nature nous apporte déjà un éclair de joie pure, mais, lorsque nous avons pleine connaissance que nous ne sommes pas le corps, nous sommes cette joie.
Comment puis-je percevoir sensoriellement que je ne suis pas le corps?
Nous éprouvons tous des moments de bonheur qui s'accompagnent d'une perception d'expansion et de relaxation. Avant cette perception corporelle nous nous trouvions dans une expérience intemporelle, une joie sans cause et sans mélange, dont la sensation physique n'est que le contre-coup ultérieur. Cette joie se perçoit elle-même. A ce moment, nous n'étions pas un corps limité dans l'espace, nous n'étions pas une personne. Nous nous connaissions nous-même dans l'immédiateté de l'instant. Nous connaissons tous cette félicité sans cause. Quand nous explorons en profondeur ce que nous appelons notre corps, nous découvrons que sa substance même est cette joie. Alors nous n'avons plus le besoin, ni le goût, ni même la possibilité de chercher le bonheur dans les objets extérieurs.
Comment accomplir cette exploration en profondeur?
Ne refusez pas les sensations corporelles et les émotions qui se présentent à vous. Laissez-les s'épanouir complètement dans votre vigilance sans but, sans aucune interférence de la volonté. Progressivement, l'énergie potentielle emprisonnée dans les tensions musculaires se libère, le dynamisme de la structure psycho-somatique s'épuise, et le retour vers la stabilité fondamentale s'effectue. Cette purification de la sensation corporelle est un grand art. Elle requiert patience, détermination et courage. Elle se traduit au niveau de la sensation par une expansion graduelle du corps dans l'espace environnant et une pénétration concommitante de la structure somatique par cet espace. Cet espace n'est pas vécu comme une simple absence d'objet. Quand l'attention se libère des perceptions qui la fascinaient, elle se découvre elle-même comme cet espace auto-lumineux qui est la véritable substance corporelle. A ce moment la dualité entre le corps et cet espace s'abolit. Le corps s'est dilaté à la mesure de l'univers et contient en son sein toutes les choses tangibles et intangibles. Rien ne lui est extérieur. Nous avons tous ce corps de joie, ce corps d'éveil, ce corps d'accueil universel. Nous sommes tous complets, sans aucune pièce manquante. Explorez seulement votre royaume et prenez-en possession sciemment. Ne vivez plus dans cette hutte misérable qu'est un corps limité.
J'ai de brefs aperçus de ce royaume dans des moments de tranquillité, puis je vais au travail et me trouve dans un environnement qui n'est ni royal, ni paisible, et ma sérénité me quitte aussitôt. Comment puis-je garder mon équanimité en permanence?
Tout ce qui apparaît dans la conscience n'est rien d'autre que conscience, vos collègues de bureau, les clients, vos supérieurs, absolument tout, y compris les locaux, les meubles et le matériel. Comprenez-le d'abord intellectuellement, et vérifiez ensuite qu'il en est bien ainsi. Il vient un moment où ce sentiment d'intimité, cet espace de bienveillance autour de vous ne vous quitte plus; vous vous trouvez partout chez vous, même dans la salle d'attente bondée d'une gare. Vous ne le quittez que lorsque vous allez dans le passé ou dans le futur. Ne restez pas dans la hutte, cette immensité vous attend ici même, en cet instant même. Informé de sa présence et ayant goûté déjà une fois à l'harmonie sous-jacente des choses, laissez les perceptions du monde extérieur et vos sensations corporelles se déployer librement dans votre attention bienveillante jusqu'au moment où l'arrière plan de plénitude se révèle spontanément.
Ce renversement de perspective est analogue à celui qui permet de reconnaître soudainement une figure angélique dans l'arbre d'une de ces gravures qui faisaient la joie des enfants du début du XXème siècle. D'abord, nous ne voyons que l'arbre, puis, informé par un message au bas de l'image qu'un ange s'y cache, nous procédons à un examen minutieux du feuillage, jusqu'au moment où nous voyons enfin l'ange qui avait toujours été devant nos yeux. L'important est de savoir qu'il y a un ange, où il se cache, et d'avoir expérimenté une fois le processus au cours duquel l'arbre se désobjectivise progressivement jusqu'au moment où les lignes de la gravure qui en constituaient la substance apparaissent en tant que telles et se recomposent pour nous livrer le secret de l'image. La voie ayant été frayée, les renversements ultérieurs de perspective sont de plus en plus aisés jusqu'au moment où nous voyons pour ainsi dire simultanément l'arbre et l'ange. De manière similaire, une fois notre nature profonde re-connue, les distinctions résiduelles entre ignorance et éveil s'estompent progressivement pour céder la place à l'ainsité fondamentale de l'être.
Je commence à me rendre compte que je suis englué dans mon corps, mes sensations et mon impression d'être un individu séparé.
Comment cet engluement se manifeste-t-il?
Je me sens comme hypnotisé, à la fois par mes pensées d'orgueil, mes émotions, la colère surtout, et par l'agitation de mon corps.
Bien. Dès que vous prenez conscience que vous êtes hypnotisé, l'hypnose cesse.
Pourquoi cela? Ce point n'est pas clair pour moi.
Demandez-vous qui est hypnotisé. Interrogez-vous profondément. Qui est-ce? Où est-il? Vous allez voir qu'une telle entité est introuvable. Si vous explorez votre psychée et votre corps, vous allez trouver quelques concepts auxquels vous vous identifiez tels "je suis une femme", "je suis un être humain", "je suis une avocate", etc; vous pouvez aussi trouver certaines sensations dans votre corps, certaines zones plus opaques, plus solides auxquelles vous vous identifiez également, mais quand vous y regardez de plus près, il devient évident que vous n'êtes pas cette sensation dans votre poitrine, ni cette pensée d'être une femme, car sensations et pensées vont et viennent et ce que vous êtes réellement est permanent. A ce moment précis l'hypnose cesse. Le problème est moins l'occurrence de ces pensées et sensations que votre identification avec elles. Dès que vous prenez conscience d'elles, vous vous distanciez, vous êtes libre. Dans cette liberté, vous ne vous situez nulle part. Il est important de demeurer dans cette non-localisation, car nous avons tendance à nous empresser de saisir une nouvelle identification dès que nous avons lâché prise de la précédente, tel un singe qui ne lâche pas une branche avant d'en avoir saisi une autre.
Vous allez voir combien il est merveilleux de vivre en l'air de cette manière, sans saisir, sans attaches. Au début cela semble un peu étrange, bien que votre nouvelle attitude n'empêche rien. Vous pouvez toujours remplir vos fonctions de mère ou d'avocate, sentir votre corps, etc... En fait, n'être rien, en l'air, nulle part, est très pratique. Cela simplifie beaucoup la vie. Ne vous contentez pas de comprendre, mettez en pratique votre compréhension. Essayez de n'être personne. Lâchez les branches.
N'est-il pas difficile de revenir ensuite dans son corps pour vivre le quotidien?
Vous n'avez jamais été dans votre corps, donc la question d'y revenir ne se pose pas. Votre corps est en vous, vous n'êtes pas en lui. Le corps vous apparaît comme une série de perceptions sensorielles et de concepts. C'est ainsi que vous savez que vous avez un corps, lorsque vous le sentez ou lorsque vous y pensez. Ces perceptions et ces pensées apparaissent en vous, pure attention consciente. Vous n'apparaissez pas en elles, contrairement à ce que vos parents, vos éducateurs et la quasi totalité de la société dans laquelle vous vivez vous ont enseigné, en contradiction flagrante avec votre expérience réelle. Ils vous ont enseigné que vous êtes dans votre corps en tant que conscience, que cette conscience est une fonction émergeant du cerveau, un organe de votre corps. Je suggère que vous n'accordiez pas une confiance démesurée à cette connaissance de seconde main et que vous interrogiez les données brutes de votre expérience. Vous souvenez-vous des recettes de bonheur qui vous ont été données par ces mêmes personnes quand vous étiez une enfant, faire de bonnes études, avoir une bonne profession, épouser un homme de qualité, etc? Ces recettes ne marchent pas, sinon vous ne seriez pas ici, posant ces questions. Elles ne marchent pas parce qu'elles sont fondées sur une perspective fausse de la réalité, perspective que je vous suggère de remettre en question.
Voyez donc par vous-même si vous apparaissez dans votre corps ou dans votre mental, ou si au contraire ils apparaissent en vous. C'est un renversement de perspective analogue à la découverte de l'ange dans l'arbre. Bien que ce changement puisse paraître minime au début, c'est une révolution aux conséquences insoupçonnables et infinies. Si vous acceptez honnêtement la possibilité que l'arbre soit en fait un ange, l'ange se révèlera à vous et votre vie deviendra magique.
Pourriez vous nous parler de la pratique qui consiste à vivre intuitivement depuis le coeur?
Ne soyez personne, ne soyez rien. Ayant compris que vous n'êtes personne, vous vivez la vérité depuis l'intelligence. Lorsque la notion ou la sensation d'être une personne ne vous troublent plus, que vous pensiez ou non, perceviez ou non, agissiez ou non, vous vivez la vérité depuis la plénitude du coeur.
A ce point, je suis dans une relation juste avec moi-même et avec le monde?
Oh oui. Vous êtes dans la juste relation qui est l'inclusion. Le monde ainsi que votre corps et votre mental sont inclus dans votre soi réel. L'amour est inclusion. La compréhension est une étape intermédiaire, mais la destination finale, le centre réel, est le coeur.
Le coeur est-il l'endroit entre cette branche et la suivante, pour reprendre l'analogie du singe?
Si vous acceptez de lâcher la branche à laquelle vous vous cramponnez sans en saisir une autre, vous tombez dans le coeur. Vous devez accepter de mourir, de laisser filer tout ce que vous savez, tout ce qu'on vous a enseigné, tout ce que vous possédez, y compris votre vie, ou du moins ce que vous croyez à ce stade être votre vie. Cela demande de l'audace. C'est une sorte de suicide.
Est-ce vraiment ainsi? Par exemple, est-ce que vous vous rappelez les moments qui ont précédé votre re-connaissance?
Oui.
Etait-ce ainsi?
Oui.
Merci. Aviez-vous auparavant une idée de ce qui allait se passer?
Oui et non. Oui, parce que je sentais l'invitation. Non, parce que jusqu'alors je n'avais connu que bonheurs relatifs, vérités relatives, connaissances relatives et je n'aurais pas pu imaginer l'absolu, l'ineffable. Le soi est au delà de tout concept, de toute projection. C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous diriger vers lui de notre propre chef et devons attendre qu'il nous sollicite. Mais quand il nous invite, nous devons dire oui joyeusement, sans hésiter. La décision nous appartient, la seule dans laquelle nous exercions un réel libre-choix.
L'une des raisons pour lesquelles je remets à plus tard et je ne me rends pas à l'invitation est ma crainte que ma vie ne soit radicalement changée.
Oh oui, elle le sera.
Ainsi que ma famille?
Votre famille aussi. Tout sera changé.
Je crains que certaines personnes ne me quittent et soient remplacées par d'autres.
Je puis vous assurer que vous ne regretterez rien.
Est-il possible d'avoir reçu l'invitation et de l'avoir refusée?
Oui, vous êtes libre.
Serai-je invité à nouveau?
Oui. Tenez-vous prêt. Soyez disponible. Vous êtes disponible quand vous comprenez qu'il n'est rien que vous puissiez faire par vous-même pour vous rendre chez le Roi. Quand vous réalisez votre impuissance totale, vous devenez une salle vide. Dès que vous devenez une salle vide, vous êtes un sanctuaire. Alors le Roi entre, prend place sur le trône et vous gratifie de sa présence immortelle.
***
Vous avez dit un jour qu'il n'est rien que je puisse faire pour me débarrasser de cet ego qui me colle à la peau et auquel je suis si dévoué.
Il n'est rien que la personne, cette entité fragmentaire que vous croyez être, puisse faire.
Cela implique-t-il que toute pratique spirituelle est inutile tant que je crois cela?
Exactement. Une pratique émanant de la notion d'être une personne physique ou psychique ne peut être qualifiée de spirituelle. C'est un processus acquisitif qui vous éloigne du réel. Ce que vous êtes réellement ne peut être acquis car vous l'êtes déjà. L'ego est impermanent. C'est une pensée répétitive associée à des émotions, des sensations corporelles et des réactions. Quand vous êtes ému par la beauté d'une pièce de musique, par la splendeur d'un coucher de soleil ou par la délicatesse d'un geste d'amour, l'ego vous quitte. Dans cet instant vous êtes ouvert et comblé. Par contre, même si vous améliorez votre ego par la pratique de telle ou telle discipline, à la manière d'un collectioneur qui augmente sans cesse la valeur de sa collection par de nouvelles acquisitions sublimes et, ce faisant, s'attache de plus en plus à elle, vous demeurez en fin de compte dans l'isolement et l'insatisfaction.
Cette disparition de l'ego est elle graduelle ou subite?
Vous savez déjà qui vous êtes. Même celui chez qui l'intérêt pour la réalité profonde des choses n'est pas encore éveillé connait des moments de bonheur. Durant ces moments l'ego n'est pas présent. Ils émanent de notre être réel qui est la joie même. Chacun reconnait la joie directement. Ce par quoi le soi connait le soi est le soi lui-même. Seul l'être a accès à l'être, la joie à la joie, l´éternité à l'éternité. Le concept erroné selon lequel cet être, cette joie et cette éternité ne sont pas présents nous exile du jardin d'Eden et nous précipite dans une recherche effrénée. La résorption de l'ego dans l'être, résorption qui apparait du point de vue temporel comme un lâcher-prise suivi d'une illumination subite, met fin à cette recherche et à cette frénésie.
Qu'est ce qui provoque cette résorption?
Il n'y a pas de réponse à cette question sur le plan où elle est posée, car l'effet est déjà dans la cause, et la cause est encore dans l'effet. Certaines rencontres apparemment fortuites, telles celle entre le magicien du conte et le mendiant auquel il apprend qu'il est fils de roi, peuvent nous informer sur notre identité véritable. A l'annonce de cette bonne nouvelle, de cet évangile au sens propre du mot, un instinct profond s'ébranle au tréfonds de notre être et nous met sur la piste qui mène à l'ultime. Cet ébranlement correspond déjà à une re-connaissance voilée de notre être réel et la promesse de joie sereine qui l'accompagne canalise le désir dans une direction inconnue. Cette re-connaissance, ne se réfèrant pas à une réalité objective et temporelle, ne se situe pas au niveau de la mémoire et du temps. Cette grâce ne peut donc être oubliée; elle nous sollicite de plus en plus souvent, et chaque nouvelle re-connaissance augmente notre désir du divin. Tel le promeneur égaré dans la nuit hivernale qui, décèlant au rougeoiment apparu à la fenêtre d'une auberge la présence d'un feu, pousse la porte et se réchauffe quelques instants auprès de l'âtre, nous entrons dans le sanctuaire et nous reposons un moment dans la chaleur de la lumière sacrée avant de repartir dans la nuit. Enfin, dès que notre désir de l'absolu dépasse en intensité notre peur de la mort, nous offrons au feu sacrificiel de la conscience infinie le faux-semblant d'une existence personnelle. Rien ne s'oppose plus désormais à l'éveil qui déploie progressivement sa splendeur sur tous les plans de l'existence phénoménale, révélant au fur et à mesure leur réalité intemporelle sous-jacente, tel le regard de Shams de Tabriz qui "ne s'est jamais posé sur une chose éphémère sans la rendre éternelle".
***
Comment puis-je surmonter ma peur de voir la vérité, qui, je le sens, est un obstacle qui m'empêche de connaître ma véritable nature?
En premier lieu, soyez heureux de vous rendre compte de cette peur viscérale, car la plupart des humains la refoulent et l'évitent. Dès qu'elle montre le bout de l'oreille dans un moment de solitude ou d'inactivité, ils allument la télévision, vont voir un ami ou se lancent dans une quelconque activité compensatrice. Découvrir votre peur était donc un premier pas crucial.
Je ne sais pas si je l'ai découverte, ma perception n'est pas claire. Peut-être sens-je simplement sa présence.
Vivez avec elle, intéressez-vous à elle, ne la refoulez pas. Adoptez à son égard un "laisser-venir, laisser-partir" bienveillant. Prenez-la pour ce qu'elle est: un amalgame de pensées et de sensations corporelles. Demandez-vous: "Qui a peur?" et vous verrez la peur-pensée vous quitter, laissant encore au niveau somatique des résidus d'anxiété localisés, la peur-sensation. Tout cela n'est au fond qu'un spectacle dont vous êtes le spectateur. Contemplez-le, et contemplez aussi vos propres réactions, vos fuites, vos refus, qui en font également partie. La prise de conscience de votre refus est le début de l'acceptation, du laisser-venir. De cette manière vous prenez la position du contemplateur qui est votre position naturelle.
Alors tout se déploie spontanément. La peur est votre ego, le monstre que vous charriez dans vos pensées et vos sensations corporelles, l'usurpateur qui vous tient à l'écart du royaume bienheureux qui est le vôtre. Laissez-la se montrer en totalité. N'ayez pas peur d'elle, même si ses traits son terrifiants. Puisez dans votre soif d'absolu et de liberté le courage de la regarder. Quand vous commencez à la sentir, pensez: "Viens, peur, montre-toi! Prends bien tes aises, car je suis hors de ton atteinte!" L'efficacité de cette méthode provient du fait que la peur est une chose perçue, donc limitée. Le plus long serpent du monde finit bien quelque part. Une fois qu'il est entièrement sorti des hautes herbes, qu'il est vu en totalité, vous êtes hors de danger, car il ne peut plus vous attaquer par surprise. De même, quand vous voyez en face de vous la totalité de votre peur, quand il ne reste rien d'elle qui vous soit caché, il n'est rien de vous qui puisse s'identifier à elle. Elle est un objet "décollé" de vous. Le cordon ombilical d'ignorance par lequel vous nourrissiez l'ego ne fonctionne plus. Ce moi fantôme, n'étant plus alimenté, ne peut plus se maintenir; il se meurt alors dans l'explosion de votre liberté éternelle.
***
Une fois que nous avons re-connu notre réalité profonde, un souvenir de cet éveil nous accompagne en permanence, de sorte que nous commençons à nous rendre compte des moments où l'ego s'interpose et que nous pouvons le dresser à se tenir de plus en plus à l'écart, ce qui nous permet d'être de plus en plus ouverts à ce que nous sommes. Pouvez-vous commenter ce point?
Il n'est nul besoin de dresser l'ego ou de l'éliminer. Quand vous essayez de le dresser ou de l'éliminer, qui est l'auteur de cette tentative?
L'ego s'élimine lui-même.
Comment cela serait-il possible? Cette tentative au contraire le perpétue. L'ego n'est un obstacle que dans la mesure où nous lui prêtons attention. Au lieu d'aborder cette recherche par le côté négatif, l'ego et son élimination, commencez par le côté positif. La re-connaissance dont vous parliez laisse en vous un souvenir de plénitude. Ce souvenir se réfère à une expérience non-mentale. Il ne vient pas de la mémoire qui ne peut enregistrer que des éléments objectifs. Si vous vous laissez guider par lui, si vous répondez par une adhésion de tout votre être à son appel, l'émotion sacrée qu'il suscite en vous vous mènera sans détours au seuil de votre présence intemporelle. Vivez avec ce souvenir. Oubliez les circonstances objectives qui ont précédé ou suivi cette re-connaissance et gardez en le souvenir; aimez-le comme votre bien le plus précieux et rappelez-vous que la source dont il est l'émanation est toujours présente, ici et maintenant. C'est le seul endroit où la trouver, ici et maintenant; pas dans la pensée; avant la pensée; avant d'y penser; n'y pensez même pas...
Simplement laisser être ce qui est...
N'en parlez pas; ne le formulez pas; ne l'évaluez pas; l'intervention de la pensée vous en éloigne. N'essayez même pas...Vous faites encore trop d'efforts. Ils sont inutiles. Abandonnez et soyez ce que vous êtes déjà, absolue tranquillité.
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Je voulais être ici aujourd'hui, et j'ai choisi d'être ici, mais que puis-je apprendre en présence d'un maître que je ne peux apprendre par moi-même?
Tout ce que vous apprenez, vous l'apprenez par vous-même. Je ne peux rien apprendre à votre place. Chaque circonstance, chaque évènement de votre vie vous enseigne. Ce que vous pouvez apprendre en posant cette question est qu'il n'y a pas de maître au sens personel où vous l'entendez. Sur ce plan-là, je ne suis pas votre maître, je suis heureux d'être simplement votre ami. Le maître véritable n'est pas une personne, il est notre soi, le soi de tous les êtres. Abandonné à lui, n'aimant que lui, n'étant intéressé que par lui, je sens sa présence vibrer chez ceux qui viennent à moi dans la pure intention de le connaître et ils re-connaissent cette présence en moi. On pourrait dire que cette présence se re-connait dans l'apparent autre par une sorte de résonance sympathique. Le divin en moi re-connaît le divin en vous dans le même instant et dans le même mouvement par lequel le divin en vous re-connaît le divin en moi. Dans ces conditions, qui peut dire qui est le maître et qui est le disciple, qui est vous et qui est moi?
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Je ne suis pas sûr que ceci soit une question: J'étais assis ici, essayant méthodiquement d'être calme. Dès votre entrée, tout devint soudain très tranquille. J'étais tel un mourant essayant désespérément de prendre son dernier souffle. Ma première pensée fut une expression d'étonnement émerveillé, puis j'eus l'impression que chaque pensée ultérieure était un effort pour échapper à ce silence qui m'envahissait spontanément...
Quand vous êtes ainsi invité, vous devez complètement abdiquer. N'essayez pas de savoir où vous en êtes, de contrôler la situation. Vous ne le pouvez pas. La première pensée qui prend note de cette expérience est déjà de trop, elle empêche un total lâcher prise. Recevoir l'invitation royale ne suffit pas. Il faut encore vous rendre au palais et goûter au festin qui vous est destiné. Le chercheur de vérité en vous est sans cesse en train de contrôler vos pensées, sentiments et actions. A un certain point, même lui va disparaître car il n'est qu'un concept, une pensée. Il n'est pas vous. Vous êtes cette liberté, cette immensité dans laquelle il apparaît et disparaît. Vous êtes ce que vous cherchez ou, plus précisément, cette immensité se cherche en vous. Abandonnez-vous à elle sans réserve.
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Dans quelle mesure sommes nous libres de déterminer notre vie?
En tant qu'individu ou en tant que ce que nous sommes profondément?
En tant qu'individu.
Dans ce cas, nous sommes entièrement conditionnés, donc il n'y a pas de libre arbitre. En apparence, nous exerçons notre libre choix, mais en fait nous ne faisons que réagir comme des automates aux stimuli de notre environnement et de notre mémoire, parcourant sans relâche les mêmes schémas de notre héritage bio-sociologique, aboutissant invariablement aux mêmes réactions, telle une machine automatique dispensant des boissons dans une gare. En tant qu'individu, notre liberté est illusoire, à l'exception de la liberté qui nous est laissée à chaque instant de ne plus nous prendre pour une entité séparée et de mettre ainsi fin à notre ignorance et à notre misère.
En revanche, au plan de notre être profond, tout émane de notre liberté. Chaque pensée, chaque perception prend naissance parce que nous la voulons. Nous ne pouvons comprendre cela au niveau de la pensée, mais nous pouvons en faire l'expérience. Lorsque nous sommes totalement ouverts à l'inconnu, l'entité personnelle est absente et nous réalisons alors que l'univers sensible et intelligible surgit de cette ouverture dans un présent éternel. Nous voulons, créons et sommes à chaque instant toute chose dans l'unité de la conscience.
Vous parlez d'être totalement ouverts à nos pensées et perceptions. Comment pouvons nous accueillir tout ce qui se présente à nous malgré le rythme effréné de la vie moderne? Est-ce possible?
En fait vous n'avez pas le choix car, quoi que vous pensiez, perceviez ou fassiez, vous l'accueillez d'instant en instant. Par exemple, lorsqu'une pensée apparaît, cette apparition est spontanée, n'est-ce pas?
Je ne vois pas où vous voulez en venir.
Vous n'exercez aucune action sur vous-même afin de faire apparaître cette pensée. Même si vous exerciez une telle action, cette action elle-même serait une autre pensée spontanée. En fait toutes choses apparaissent d'elles-mêmes dans la conscience qui est toujours dans une ouverture totale. La conscience ne dit jamais "je veux ceci" ou "je ne veux pas cela". Elle ne dit rien parce qu'elle accueille en permanence tout ce qui se présente en son champ. Quand vous dites "je veux ceci" ou "je ne veux pas cela", ce n'est pas la conscience qui parle, c'est simplement une pensée surgissant en son sein. Ensuite vous dites "je n'étais pas ouvert", et c'est l'irruption d'une nouvelle pensée. L'arrière-plan de toute cette agitation mentale est la conscience toujours ouverte, toujours accueillante. Du moment que vous êtes vivant, vous êtes ouvert. L'ouverture est votre nature. C'est pourquoi il est si agréable de s'y trouver; on s'y sent chez soi, à l'aise, naturel. Vous n'avez rien à faire pour vous trouver dans l'ouverture, si ce n'est comprendre qu'elle est votre nature réelle, que vous y êtes déjà. Dès que vous établissez votre demeure dans la conscience-témoin, l'agitation mondaine n'a plus de prise sur vous. Vous comprenez le processus dans son ensemble et par là même vous y échappez. Vous faites un saut dans une autre dimension. Familiarisez-vous avec elle. Voyez-en l'impact sur votre psychisme et votre corps. Peut-être mes paroles vous semblent-elles pour le moment de simples concepts, mais le jour viendra où elles se dissoudront en vous, devenant compréhension vivante. Alors la question de savoir comment méditer, comment être ouvert, ou comment être heureux ne se posera plus parce que vous êtes déjà méditation, ouverture et bonheur.
Mais nous l'ignorons!
Enquêtez, trouvez par vous-même. Voyez s'il est vrai que vous êtes conscient en permanence. Voyez s'il est vrai que ce que vous vous savez être fondamentalement est conscience. Ne prenez pas mes assertions pour des faits établis. Mettez-les en question, ainsi que vos propres croyances. Interrogez aussi la notion d'une conscience limitée et personnelle. Vivez avec ces questions, et surtout vivez dans l'ouverture silencieuse qui suit le questionnement, dans le "je ne sais pas" créateur. Dans cette ouverture viennent des réponses qui modifient et purifient peu à peu la question initiale, la rendant de plus en plus subtile jusqu'à ce qu'elle devienne informulable par la pensée. Laissez ce dynamisme résiduel s'épuiser de lui-même dans votre attention bienveillante jusqu'au moment où la réponse ultime jaillit en vous dans toute sa splendeur.
***
Hier soir vous avez utilisé l'adjectif "incolore" pour qualifier la conscience. Je me demande où la compassion et l'amour apparaissent dans ce tableau.
Les mots que nous utilisons pour décrire l'indescriptible doivent être consommés sur place. Si nous les utilisons à contre-temps, ils perdent leur saveur et nous aboutissons à des contradictions apparentes. Une histoire me revient en mémoire à ce propos: Un maître Chan' se contredit lui-même (en apparence) une bonne douzaine de fois en l'espace d'une heure. Excédé, un disciple présent décortique les contradictions successives sous les regards amusés et bienveillants du maître qui, pour toute réponse, dit simplement, sans chercher à se justifier en aucune manière: "En effet, comme c'est étrange et merveilleux! Je n'arrive pas à comprendre pourquoi la vérité se contredit sans cesse!"
Je suis d'accord. La conscience est indicible. La compassion est elle également au delà des mots?
Ma remarque concernait la première partie de votre question... Nous devons d'abord trouver en nous ce centre incolore qui est liberté parfaite et autonomie absolue. Et quand depuis ce centre, depuis cette intelligence, nous jetons nos regards sur les êtres qui nous entourent, non seulement nous voyons leurs corps et nous percevons leurs psychées, mais nous volons directement, par delà les frontières psycho-somatiques, jusqu'à cet endroit incolore et sans limitations qui est notre commune essence. Là, il n'est point d'autre. De ce centre incolore une action peut ou non découler, en fonction des circonstances. L'action qui découle de la compréhension que nous sommes profondément un seul et même être est pleine de compassion, mais aussi de beauté et d'intelligence. Elle peut manifester d'autres qualités, mais elle peut aussi, lorsque les circonstances l'exigent, revêtir la couleur de la compassion. Toujours en harmonie avec la situation présente, elle ne laisse pas de traces et libère ceux au profit de qui elle s'exerce. La compassion véritable échappe aux notions préconçues que nous avons d'elle. Elle peut sembler étrange, inappropriée, voire brutale; mais elle est libre, et c'est là sa beauté. Elle est une tornade de liberté qui souffle où elle veut, effaçant sur son passage les attachements éphémères et les idées fausses, afin que seul subsiste l'indestructible, le vrai, l'éternel.
***
Que pouvez-vous nous dire sur l'intelligence?
L'intelligence ordinaire est une fonction cérébrale. Elle se manifeste comme faculté d'adaptation et d'organisation. Elle permet de traiter des problèmes complexes mettant en jeu une grande quantité de données. Liée aux conditionnements héréditaire et acquis du cerveau, elle fonctione dans la sérialité, dans le temps. C'est cette sorte d'intelligence qui permet de mener à bien un calcul algébrique, de mettre en forme un raisonnement logique ou de jouer au tennis. Fonctionnant comme un super-ordinateur, elle excelle dans l'accomplissement de tâches répétitives, et pourra peut-être un jour être surpassée par des machines. Elle a sa source dans la mémoire, dans le connu.
L'intelligence intuitive se manifeste comme compréhension et clarté. Elle permet de voir la simplicité dans l'apparente complexité. Elle fulgure dans l'instant. Toujours créatrice, libre du connu, elle est à l'origine des découvertes scientifiques et des grandes oeuvres d'art. Elle a sa source dans la suprême intelligence de la conscience intemporelle.
Lorsque l'intelligence intuitive effectue un retour sur elle-même, essayant de saisir cette source, elle se perd dans l'apperception instantanée de l'intelligence suprême. La re-connaissance de cette haute intelligence est une implosion qui détruit l'illusion que nous sommes une entité personnelle .
Cette re-connaissance se produit-elle indépendamment du niveau d'intelligence commune du sujet?
Oui. La présence d'un intense désir d'éveil est le signe certain que cette re-connaissance a eu lieu.
La destruction de l'ego provoquée par l'éveil est-elle graduelle ou subite?
Le premier instant de re-connaissance contient déjà en germe son accomplissement de même que la graine contient déjà la fleur, l'arbre et le fruit. Pendant quelque temps encore l'ego, foudroyé par la vision encore partielle de cette intelligence, conserve un semblant de vie. A ce stade, l'habitude maintient encore les anciennes identifications, mais une brèche irrémédiable s'est insinuée dans la croyance en notre existence séparée. On pourrait dire que le coeur n'y est plus, dans tous les sens du terme. Des re-connaissances intermittentes élargissent ensuite cette brèche jusqu'au moment où l'ego, qui est un objet perçu, s'objectivise complètement avant de se dissoudre devant nos yeux, cédant la place à l'irruption de l'ineffable.
A la suite de cet éveil, nous nous trouvons libre de la peur et du désir, libre de la peur parce que, ayant réintégré notre soi immortel, le spectre de la mort nous quitte à jamais, et libre du désir parce que, connaissant la plénitude absolue de l'être, l'attraction désuète qu'exerçaient sur nous les objets cesse spontanément. Les anciennes habitudes psychiques et corporelles qui dérivaient de la croyance antérieure en une existence personnelle peuvent se manifester encore pendant quelque temps, mais toute identification avec un objet pensé ou perçu est désormais impossible. Contemplées dans la neutralité éblouissante de la conscience, ces habitudes se meurent une à une sans que leur réoccurrences temporaires déclenchent un retour de l'illusion égoïque.
A quel signes reconnaît-on la haute intelligence?
Les pensées, sentiments et actions qui découlent de la haute intelligence se réfèrent à leur source, le soi. Une fois accomplis, ils nous laissent sur le rivage de l'absolu, telle l'écume que la vague dépose sur le sable. La pensée qui pense la vérité provient de la vérité et nous ramène à la vérité. Cette pensée a beaucoup de visages différents, elle pose des questions apparemment multiples, telles que "Qu'est-ce que le bonheur?'', "Qu'est-ce que Dieu?", "Qui suis-je?" Toutes ces questions proviennent de leur source commune, la joie éternelle, le divin, notre soi. Quand cette pensée imprégnée du parfum de la vérité vous invite, faites-lui de la place, accordez-lui du temps, abandonnez-vous à elle, laissez-vous transporter. Cette pensée est comme l'empreinte des pas de Dieu dans votre âme. Laissez-le marcher où il veut. Celui en qui cette haute pensée s'est éveillée est très fortuné. Aucun obstacle ne saurait l'empêcher d'accéder à la vérité. Une fois que le désir de l'ultime vous a saisi, l'univers entier coopère dans l'accomplissement de ce désir.
Etes-vous dans cet état d'accomplissement en ce moment?
Il n'y a personne dans cet état. Ce non-état est l'absence de la personne.
Est-ce que vous y entrez et en sortez?
Ce n'est pas un état.
Etes-vous éveillé dans cet état?
Ce non-état est éveillé à lui-même. Il est conscience, je suis conscience, vous êtes conscience.
Dans ce cas vous êtes conscient que toute chose est à sa place?
Du point de vue de la conscience, tout est conscience, donc tout est à sa place. Rien n'est tragique. Tout est lumière, tout est présence.
Compte tenu du fait que nous sommes lumière et que les choses qui nous entourent sont aussi cette lumière, voyez-vous les choses différemmnt de nous?
Non, je vois chaque chose exactement comme vous, mais il est des choses que vous croyez voir et que je ne vois pas. Je ne vois pas d'entité personnelle dans ce tableau. Même si une vieille habitude provenant de la mémoire de l'ancienne personne surgissait, elle serait totalement objectivée, elle ferait simplement partie du tableau, elle ne serait pas ce que je suis. Je ne me prends pas pour une chose perçue ou pensée. C'est tout. Vous pouvez faire de même. Vous êtes libre. Il suffit que vous essayiez. Faites-le, essayez! Sur le champ!
Comment procéder?
Chaque fois que vous vous prenez pour un object, par exemple pour un homme ayant telle profession, ou pour votre corps, voyez-le.
Il y a donc un soi à un niveau plus élevé qui observe la situation, est-ce cela la perspective?
C'est la compréhension intellectuelle de la perspective, non sa réalité. La réalité de la perspective est votre attention bienveillante, non le concept de l'attention bienveillante ou le concept de vous-même en tant qu'attention bienveillante, mais simplement votre présence lumineuse sans tension et sans résistance, accueillant d'instant en instant la pensée ou la sensation qui s'actualise, la laissant se déployer librement, puis se résorber en elle sans laisser de traces. Cette lumière originelle n'est pas une absence mais une plénitude. Abandonnez-vous à elle, laissez-vous envahir par elle.
Francis Lucille

(Source : http://www.francislucille.com/frdialogue.html )
La faiblesse ?
Bonjour,
Je crois que notre incompréhension est notre seule faiblesse.
La force est dans l'unicité qui est notre véritable nature non polluée par
l'ego.
C'est par la vacuité que l'on peut tout accueillir, sans attaches car il n'y a plus personne pour
s'attacher à quelque chose et il n'y a plus de choses, mais un tout absolument uni.
Mais croire ne suffit pas...
05 décembre 2005
Stephen Batchelor & le Bouddhiste.
Si vous vous rendez en Asie et que vous visitiez un wat (en Thaïlande) ou un gompa (au Tibet), vous vous retrouverez dans un endroit qui ressemble fort à une abbaye, une église ou une cathédrale, un endroit dirigé par des gens qui ressemblent à des moines ou à des prêtres, décoré d'objets qui ressemblent à des icônes que l'on conserve dans des alcôves ressemblant à des chapelles et que des gens ressemblant à des fidèles révèrent.
Si vous parlez à l'une de ces personnes qui ressemblent à des moines, vous apprendrez que sa représentation du monde ressemble fort à un système de croyances, révélé il y a longtemps par une personne vénérée comme un dieu, et après la mort de laquelle de vénérables individus ont interprété ses " révélations " dans le sens d'une théologie. Il y a eu des schismes et des réformes qui ont donné naissance à des institutions exactement semblables à des Églises.
Le bouddhisme, semble t il, est une religion.
N'est ce pas le cas ?
Quand on lui demandait ce qu'il enseignait, le Bouddha répondait qu'il parlait " de l'angoisse et de la fin de l'angoisse ". Interrogé sur des questions métaphysiques (l'origine et la fin de l'univers, l'identité ou la différence entre le corps et l'esprit son existence ou sa non existence après la mort), il restait silencieux. Il disait que le dharma est pénétré d'une seule saveur, celle de la liberté. Il n'affirmait rien au sujet de l'unicité ou de la divinité et il n'avait recours à aucun terme que nous traduirions par " Dieu ".
Gautama encourageait une vie mue par la recherche d'une voie médiane entre indulgence et mortification. Il se décrivait lui-même comme un enseignant sans parti pris et sans doctrine ésotérique réservée à une élite. Avant de mourir, il refusa de nommer un successeur, faisant remarquer que les gens devaient être responsables de leur propre liberté. La pratique du dharma serait un guide suffisant.
Cet agnosticisme existentiel, thérapeutique et libérateur fut formulé dans le langage qui était celui du lieu et de l'époque de Gautama, à savoir les cultures du bassin du Gange du VIè siècle avant notre ère. Critique radical à l'égard de nombreuses opinions profondément ancrées de son époque, il n'en était pas moins un homme de son temps. Les principes de vie qu'il imaginait voir perdurer longtemps après sa mort étaient influencés par les symboles, les métaphores, la représentation du monde dans lequel il vivait.
Des éléments religieux, comme le culte du Bouddha et l'acceptation non critique de ses enseignements, étaient sans aucun doute présents au sein des premières communautés constituées autour de Gautama. Même si, au cours des cinq cents ans qui ont suivi sa mort, ses disciples résistèrent à la tentation de le représenter sous une forme quasi divine, ils finirent néanmoins par s'y soumettre. Quand le dharma s'est trouvé concurrencé dans sa terre natale par d'autres systèmes de pensée, et qu'il s'est propagé en dehors de ses frontières dans des cultures étrangères, en Chine notamment, les idées qui appartenaient à la représentation du monde de l'Inde du VIè siècle avant notre ère se sont figées en dogmes. Il n'a pas fallu attendre très longtemps pour qu'un bouddhiste ait (et défende) des opinions au sujet de l'origine et de la fin de l'univers, de l'identité ou de la différence du corps et de l'esprit, ou encore de la destinée du Bouddha après la mort.
Historiquement, le bouddhisme a eu tendance à perdre sa dimension agnostique en s'institutionnalisant en religion (c'est-à-dire en devenant un système de croyances révélées valable de tout temps, sous le contrôle d'un corps d'élite de prêtres). Cette évolution fut parfois remise en cause, et il est même arrivé que celle-ci s'inversât- on peut penser notamment aux sages tantriques indiens iconoclastes, aux premiers maîtres zen de Chine, aux yogis excentriques du Tibet ou aux moines de la forêt de Birmanie et de Thaïlande. Mais, dans les sociétés asiatiques traditionnelles, cela n'a jamais duré bien longtemps. Le pouvoir de la religion organisée, qui donne aux États souverains une base de légitimité morale tout en habituellement les idées rebelles aux canons d'une orthodoxie révisée.
En conséquence de quoi, lorsque le dharma va émigrer en Occident, il sera traité comme une religion - bien qu' "orientale". Le terme même "bouddhisme" (une invention des universitaires occidentaux) renforce l'idée selon laquelle il s'agit d'un credo à mettre en parallèle avec d'autres crédo. Les chrétiens, en particulier, vont chercher à entrer en dialogue avec leurs frères et sueurs bouddhistes, tentative qui fait souvent partie d'une démarche plus large qui a pour objet de trouver un terrain d'entente avec " les hommes et les femmes de foi", afin de résister à la vague déferlante du sécularisme sans dieu. Au cours de rencontres interconfessionnelles, les bouddhistes seront invités à présenter leurs points de vue sur à près tout, des armes nucléaires à l'ordination des femmes, et le programme prévoira ensuite qu'ils entonnent des chants tibétains à la période du soir consacrée à la prière collective.
Cette transformation du bouddhisme en une religion obscurcit et dénature la rencontre du dharma et de la culture contemporaine agnostique. Le dharma a en réalité peut-être plus de points communs avec un sécularisme sans dieu qu'avec les bastions de la religion. L'agnosticisme est peut-être un terrain d'entente plus propice au dialogue que de s'évertuer à comprendre Allah dans une perspective bouddhiste.
La force du terme " agnosticisme " s'est perdue. Il a fini par signifier ne pas avoir d'opinion sur les questions de la vie et de la mort, dire " je ne sais pas ", quand ce que l'on veut vraiment dire est " je ne veux pas savoir ". Associé à et confondu avec l'athéisme, l'agnosticisme finit par faire partie de cette attitude qui donne une légitimité à un consumérisme indulgent et à un conformisme irréfléchi dictés par les médias.
Pour T. H. Huxley, qui inventa le terme en 1869, l'agnosticisme était aussi exigeant que tout autre credo moral, philosophique ou religieux. Cependant, il voyait cela moins comme un credo que comme une méthode à laquelle on parvenait par "l'application rigoureuse d'un principe unique". Il exprima ainsi positivement ce principe : " Suivez votre raison aussi loin qu'elle vous conduit" ; et négativement: " Ne considérez pas que des conclusions sont correctes si elles ne sont pas démontrées ou démontrables. " Ce principe traverse toute la culture occidentale, de Socrate aux axiomes de la science moderne, en passant par la Réforme et les Lumières. Huxley appelait cela la " foi agnostique ".
Le Bouddha a enseigné d'abord et avant tout une méthode (la " pratique du dharma "), et non un nouvel " isme ". Le dharma n'est pas quelque chose en quoi croire mais quelque chose à faire. Le Bouddha n'a pas révélé un ensemble ésotérique de faits au sujet de la réalité auxquels nous pouvons choisir de croire ou de ne pas croire. Il invitait les gens à comprendre la nature de l'angoisse, à renoncer à ses origines, à réaliser sa cessation et à susciter un chemin de vie. Le Bouddha suivait sa raison aussi loin qu'elle le conduisait, et il ne considérait pas une conclusion comme exacte si elle n'était pas démontrable. La pratique du dharma est devenue un credo (le "bouddhisme") un peu comme la méthode scientifique s'est réduite au credo du "scientisme".
Si l'agnosticisme contemporain a eu tendance à perdre de son aplomb et à basculer dans le scepticisme, le bouddhisme a eu tendance à perdre sa dimension critique et à basculer dans la religiosité. Cependant, il est possible que ce qui a été perdu par l'un, l'autre puisse l'aider à le retrouver. Au contact de la culture contemporaine, le dharma pourrait bien retrouver sa prescription agnostique, tandis que l'agnosticisme séculier retrouve son âme.
Un bouddhiste agnostique ne voit pas le dharma comme une source de "réponses " aux questions " d'où venons nous ? ", "où allons nous ?", " qu' y a t il après la mort ? ". Il cherchera ces réponses dans les domaines qui traitent de ces questions : astrophysique, biologie de l'évolution, neurosciences, etc. Un bouddhiste agnostique n'est pas un "croyant" qui revendique des informations révélées au sujet de phénomènes supra-naturels ou paranormaux et, en ce sens, il n'est pas "religieux".
Un bouddhiste agnostique se tourne vers le dharma non pas pour se consoler mais pour aller à sa propre rencontre. Le dharma n'est pas une croyance par laquelle vous allez être sauvés comme par miracle. C'est une méthode qui nécessite d'être approfondie et éprouvée. Dans un premier temps, elle exige de se confronter à la primauté de l'angoisse, puis d'appliquer un ensemble de pratiques pour comprendre le dilemme humain et pour oeuvrer à sa résolution.
On peut mesurer le degré avec lequel la pratique du dharma s'est institutionnalisée par la quantité d'éléments consolateurs qui s'y sont glissés, par exemple l'assurance d'une vie meilleure après la mort si des actions vertueuses sont accomplies, si des mantras sont récités, ou encore si le nom du Bouddha est chanté.
Un bouddhiste agnostique fuit l'athéisme tout autant que le théisme, et il éprouve autant de réticence à considérer que l'univers est dépourvu de sens qu'à considérer qu'il en a un. Car nier l'existence d'un dieu ou d'un sens, ce n'est que poser l'antithèse de l'affirmation de leur existence. Cependant, une telle position agnostique n'est pas la marque d'un manque d'intérêt. Elle s'appuie sur la profonde reconnaissance du fait que je ne sais pas, elle se confronte à l'énormité d'être né plutôt que de chercher le réconfort d'une croyance, elle se débarrasse les unes après les autres des idées qui occultent le mystère d'être là en l'affirmant comme étant quelque chose ou en le niant comme n'étant rien.
Ce profond agnosticisme est une manière d'aborder la vie, affinée par une conscience attentive continue. Cette conscience va peut-être nous conduire à réaliser qu'en définitive nous ne pouvons ni affirmer qu'il y a au plus profond de nous-mêmes quelque chose que nous pourrions toucher du doigt ni affirmer qu'il n'y a rien. Ou encore, cet agnosticisme se manifestera peut-être par le biais d'une intense perplexité qui résonne à travers tout le corps, laissant l'esprit à la recherche de certitude sans nulle part où se reposer.
Dans une parabole célèbre, le Bouddha imagine un groupe d'aveugles conviés à identifier un éléphant. L'un d'eux s'empare de la queue et affirme que c'est une corde, un autre pose la main sur une jambe et affirme que c'est une colonne, un troisième touche les côtes et affirme que c'est un mur, le dernier tient la trompe et affirme que c'est un tube. Selon la partie du bouddhisme que vous considérez, vous pouvez définir le bouddhisme comme un système éthique, une philosophie, une psychothérapie contemplative ou une religion. Si le bouddhisme est tout cela à la fois, il ne peut se réduire à l'un de ces aspects, pas plus qu'un éléphant ne peut se réduire à sa queue.
Ce qui contient l'ensemble des éléments constitutifs du bouddhisme s'appelle une "culture". Le terme a été explicitement défini pour la première fois en 1871 par l'anthropologue Sir Edward Burnett Tylor comme "ce tout complexe qui inclut savoir, croyance, art, morale, loi, moeurs, et toutes autres compétences et habitudes acquises par l'homme tant que membre de la société". Dans la mesure où cette culture spécifique trouve son origine dans l'éveil de Siddharta Gautama et qu'elle vise à cultiver un chemin de vie propice à cet éveil, on pourrait décrire le bouddhisme comme la " culture de l'éveil ". Si le bouddhisme a eu tendance à être identifié de façon réductrice à ses formes religieuses, il fait face aujourd'hui à un nouveau danger, celui d'être identifié de façon réductrice à ses formes de méditation. Si cette évolution continue, le bouddhisme risque de devenir de plus en plus marginalisé et de perdre la possibilité d'exister en tant que culture, à savoir un ensemble de valeurs et de pratiques ayant une cohérence interne qui anime avec créativité tous les aspects de la vie. À présent, le défi est d'imaginer et de créer une culture de l'éveil qui soutient la pratique individuelle du dharma et qui aborde les dilemmes d'un monde agnostique et pluraliste.
Extrait du chapître 2 de "Le bouddhisme libéré des croyances" de Stephen Batchelor

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La méditation selon Krishnamurti
Donc, le commencement de la méditation est la connaissance de soi, ce qui veut dire être conscient de chaque mouvement de la pensée et de l'émotion, connaitre toutes les couches de ma conscience - non seulement les couches superficielles, mais les activités cachées, secrètes, profondes.
Mais pour connaître les activités profondément cachées, les mobiles secrets, les réponses, les pensées et les sentiments, il faut qu'il y ait de la tranquillité dans l'esprit conscient ; c'est-à-dire que l'esprit conscient doit être immobile afin de recevoir les projections de l'inconscient.
L'esprit superficiel, conscient, est absorbé par ses activités quotidiennes : gagner de l'argent, tromper les gens, exploiter, s'évader des problèmes - toutes les activités quotidiennes de notre existence. Cet esprit superficiel doit comprendre la vraie signification de ses activités et, ce faisant, introduire une tranquillité en lui-même. Il ne peut pas provoquer une tranquillité, une immobilité, par un enregistrement, par une contrainte, par une discipline. Il ne peut engendrer la tranquillité, la paix, le calme, qu'en comprenant ses propres activités, en les observant, en en étant conscient, en voyant sa dureté, la façon dont il parle à son domestique, à sa femme, à sa fille, à sa mère, etc.
Lorsque l'esprit conscient superficiel est ainsi éclairé sur toutes ses activités, par cette compréhension, il devient spontanément calme (non drogué par des contraintes ou des désirs enrégimentés) et alors, il est dans une situation où il peut recevoir les émissions, les suggestions de l'inconscient, de ces nombreuses couches de l'esprit que sont les instincts raciaux, les souvenirs enterrés, les poursuites cachées, les blessures profondes et encore ouvertes. Ce n'est que lorsque la conscience entière est déchargée, débarrassée de toute mémoire, quelle qu'elle soit, qu'elle est en état de recevoir l'éternel.
Donc, la méditation est la connaissance de soi, et sans connaissance de soi il n'y a pas de méditation.
Si vous n'êtes pas averti de toutes vos réactions tout le temps, si vous n'êtes pas pleinement conscient, pleinement informé de vos activités quotidiennes, vous enfermer dans une chambre et vous asseoir devant le portrait de votre gourou, de votre maître, faire puja, méditer, est une évasion. Sans connaissance de soi il n'y a pas de pensée correcte, et ce que vous faites n'a pas de sens, quelle que soit la noblesse de vos intentions. La prière n'a aucun sens sans connaissance de soi ; mais lorsqu'il y a connaissance de soi, on pense juste, donc l'action est correcte.
Et lorsque l'action est correcte, il n'y a pas de confusion, donc pas de supplication pour que l'on vienne vous tirer d'affaire. Un homme pleinement lucide est en état de méditation ; il ne prie pas, parce qu'il ne veut rien. Par la prière, par l'enrégimentement, par la répétition, par des japam et tout le reste, vous pouvez amener une certaine tranquillité ; mais ce n'est qu'un abrutissement qui réduit l'esprit et le coeur à un état de lassitude. C'est droguer l'esprit ; et l'exclusion, que vous appelez concentration, ne mène pas à la réalité - aucune exclusion ne peut jamais le faire. Ce qui engendre la compréhension est la connaissance de soi, et il n'est pas très difficile d'être lucide si l'on en a réellement l'intention. Si cela vous intéresse de découvrir le processus total de vous-même - non simplement la partie superficielle, mais le processus total de votre être entier - c'est relativement facile.
Si vous voulez réellement vous connaître, vous sonderez votre coeur et votre esprit afin de connaître tout leur contenu ; et lorsqu'il y a l'intention de savoir, on sait. L'on peut alors suivre, sans condamnation ou justification chaque mouvement de la pensée et de l'émotion; et en suivant chaque pensée et chaque sentiment à mesure qu'ils surgissent, on donne lieu à une tranquillité qui n'est pas imposée, qui n'est pas enrégimentée, mais qui provient de ce que l'on n'a pas de problèmes, pas de contradiction.
C'est comme l'étang qui devient paisible, tranquille, un soir où il n'y a pas de vent. Et lorsque l'esprit est immobile, ce qui est immesurable entre en être.

04 décembre 2005
Krishnamurti : extrait.
BOnjour,
Voici un extrait de la pensée de Krishnamurti, un auteur que je trouve très intéressant :
"Qu'est-ce qui vous empêche d'être dans votre état naturel ? Vous vous éloignez constamment de vous-même. Vous voulez être heureux soit en Permanence soit au moins pour tel instant précis. Vous n'êtes pas satisfait de vos expériences quotidiennes : il vous en faut de nouvelles. Vous voulez vous « perfectionner », vous changer. Vous projetez votre effort vers la réalisation d'un personnage que vous n'êtes pas. Voilà ce qui vous éloigne de vous-même...
La société vous a présenté l'idéal d'un homme parfait. Quel que soit le milieu culturel où vous êtes né vous disposez de doctrines scripturaires et de traditions que l'on vous met en main pour vous dire comment vous comporter. Vous avez des commandements à observer, des vertus à cultiver. On vous dit qu'à la faveur d'une pratique appropriée vous pouvez même parvenir à l'état réalisé par les sages, les saints et les sauveurs de l'espèce humaine... Et vous en venez à contrôler votre comportement et vos pensées et à devenir un être « dénaturé ».
Nous vivons tous dans une « sphère mentale ». Vos pensées ne sont pas votre propriété : elles appartiennent à tout le monde. Ce ne sont que des pensées mais vous créez une contrepartie : le « penseur » qui lit chaque pensée. Votre effort pour contrôler la vie a créé un mouvement secondaire de pensée en vous et vous l'appelez « JE ». Ce mouvement de pensée en vous est parallèle au mouvement de la vie mais il en est séparé, il ne peut jamais être en contact avec la vie. Vous êtes une créature vivante et cependant vous menez votre vie entière dans le domaine de ce mouvement de pensée isolé et parallèle. Vous vous retranchez de la vie - et c'est contre-nature.
L'état naturel n'est Pas un état sans pensée : c'est là l'un des plus grands canulars perpétrés des siècles durant à l'égard de pauvres Indiens sans défense... Vous ne serez jamais sans pensée tant que le corps ne sera pas réduit à l'état de cadavre, un cadavre très mort ! Etre capable de pensée est nécessaire à la survie. Mais dans l'état naturel la pensée cesse de vous étrangler ; elle revient à son rythme naturel. Il n'existe plus de « vous » pour lire les pensées et les prendre pour les « siennes ».
Avez-vous jamais observé ce mouvement parallèle de la pensée ? Les grammaires vous diront que JE est la première personne, pronom singulier etc. mais au fond ce n'est pas là ce que vous désirez savoir. Pouvez-vous regarder cette chose que vous appelez JE : c'est une notion très évanescente : observez-la maintenant, ressentez-la, touchez-la et donnez m'en des nouvelles. Comment l'observez-vous ? Et qui est cela en train de regarder ce que vous appelez JE. C'est là le problème crucial. Celui qui observe ce que vous appelez JE est effectivement le JE. Il crée une illusoire division de lui-même entre sujet et objet et c'est cette division qui lui confère une continuité. C'est en fait une nature divisionnelle qui opère en vous dans votre conscience. La continuité de sa propre existence est tout ce qui l'intéresse. Aussi longtemps que vous voudrez comprendre ce « vous » ou le transformer en une entité spirituelle, une entité sainte, belle ou merveilleuse, ce vous va continuer. Si vous ne vous souciez pas de l'entretenir, il n'est plus là, il a disparu...
Comment comprenez-vous ce que je viens de dire ? J'ai fait cet exposé à toutes fins utiles : « Ce qui est observé n'est pas autre que celui qui observe ». Que ferez-vous pratiquement d'un tel énoncé ? Quel instrument avez-vous à votre disposition pour saisir ce non-sens, cet expose illogique, irrationnel ? Vous allez penser. Par la vole de la pensée, vous ne pourrez rien comprendre. Vous traduisez ce que j'ai dit en termes d'une connaissance que vous possédez déjà comme vous le faites d'ailleurs pour tout le reste afin d'en tirer quelque chose. Quand vous cesserez de procéder de cette manière ce que j'ai décrit sera mis en oeuvre. L'absence de toute intervention - effort pour comprendre ou pour vous transformer - est effectivement l'état d'être que j'ai décrit.
Y a-t-il un au-delà ? Parce que vous ne vous intéressez pas au quotidien ni a ce qui se passe autour de vous, vous avez inventé ce que l'on appelle l'au-delà, l'Intemporel, Dieu, la Vérité, la Réalité, Brahman, l'Illumination et que sais-je encore ? et vous êtes à la recherche de cela. Mais il se peut qu 'il n'y ait pas d'au-delà... Vous ne savez absolument rien de cet « au-delà » ; ce que vous savez, c'est ce qu'on vous a dit et c'est cette connaissance que vous projetez et c'est de cette connaissance que vous ferez l'expérience : la connaissance crée l'expérience et l'expérience vient renforcer la « connaissance ».
Ce que vous savez ne peut jamais être l'«au-delà ». Ce que vous expérimentez n'est pas l'au-delà. S'il y a un au-delà le mouvement de votre «vous » en est absent. L'absence d'un tel mouvement est probablement l'au-delà... Pourquoi essayez-vous d'expérimenter ce qui ne peut l'être ?
Vous devez toujours reconnaître ce que vous regardez, sinon vous n'êtes pas là. Dès l'instant où vous interprétez, le « vous » est là. Vous regardez un objet et vous reconnaissez qu'il s'agit d'un sac, un sac rouge. La pensée intervient dès lors dans la sensation en l'interprétant. Pourquoi intervient-elle et pouvez-vous l'empêcher : dès que vous voyez un objet un mot surgit : «sac» ou, suivant les cas : «banc», «rampe», «marche»... ou encore "l'homme aux cheveux blancs qui est assis là". Et cela tourne indéfiniment vous allez répétant tout cela à vous-même en permanence. Ou encore vous vous préoccupez d'autre chose « je vais être en retard au bureau »... Autrement dit vous pensez toujours à quelque chose qui n'a pas la moindre relation avec la manière dont vos sens fonctionnent à ce moment précis. C'est cela ou la répétition du nom de l'objet : « C'est un sac, un sac rouge », etc. Le mot « sac » vous sépare de la vision créant par là-même le « vous », sinon il n'y aurait pas d'espace entre les deux.
Chaque fois qu'une pensée nait, vous naissez. Quand elle disparait vous disparaissez. Mais le vous ne permet pas que la pensée disparaisse puisque c'est précisément le mental qui donne à ce «vous» la continuité. En réalité, il n'y a en vous aucune entité permanente, aucun bilan de vos pensées et de vos expériences. Vous croyez qu'il y a quelqu'un qui pense vos pensées, qui ressent vos sentiments : c'est une illusion, je peux vous le dire, mais ce n'est pas une illusion pour vous...
Vos émotions sont plus complexes mais c'est le même processus. Pourquoi éprouvez-vous le besoin de vous dire à vous-même que vous êtes irrité, jaloux de quelqu'un d'autre ou que le sexe vous tracasse ? (je ne parle pas ici du passage éventuel à l'action.) Il y a une sensation en vous et vous vous dites déprimé... insatisfait... bienheureux... jaloux... avide... envieux... Ces étiquettes appellent à l'existence celui qui interprète les sensations. Ce que vous appelez JE n'est autre que le mot : « sac rouge », « banc », « ampoule électrique »... « bienheureux », « jaloux », etc. Vous exigez de vos cellules cérébrales une activité inutile... en détruisant l'énergie qui est là en réserve. Cela ne sert à qu'à vous épuiser.
Cet etiquettage est nécessaire quand vous avez à communiquer avec quelqu'un d'autre ou avec vous-même mais c'est en permanence que vous communiquez avec vous-même et pourquoi ? La seule différence qui existe entre vous et la personne qui parle tout haut, c'est que vous, vous ne parlez pas tout haut. Dès que cela vous arrive, voici venir le psychiatre. Ce type-la bien sûr fait exactement comme vous : il se parle tout le temps à lui-même - «sac rouge», «obsessif», «compulsif», «complexe d'Oedipe», «avide», «banc», «martini»... Et il décide que pour vous ça ne tourne pas rond et il vous installe sur son divan et s'applique à vous transformer pour vous aider...
Pourquoi ne laissez-vous pas en paix vos sensations ? Pourquoi les traduire ? Vous le faites parce que si vous ne communiquez pas avec vous-même, vous n'êtes plus là. C'est là une perspective qui est effrayante pour le «vous».
Tout ce dont vous faites l'expérience : paix, joie, silence, béatitude, extase et Dieu sait quoi ! est connaissance ancienne et de seconde main... Le fait même que vous etes en etat de béatitude et de formidable silence implique que vous connaissez déjà ces états. Il faut déjà connaître une chose pour en faire l'expérience. Cette connaissance n'a rien de merveilleux ou de métaphysique. Pouvez-vous faire l'expérience d'une chose aussi banale que ce banc « assis » là en face de vous ? Mais non : vous expérimentez la connaissance que vous en avez et dont la source est toujours un mécanisme extérieur. Vous pensez les pensées de votre milieu social, vous ressentez les sensations de votre milieu social et vous vivez les expériences de votre société ; il n'y a pas de nouvelles expériences.
Il en résulte que tout ce que l'homme a jamais pensé ou senti doit sortir de votre organisme. Et vous êtes le produit de toute cette connaissance c'est tout ce que vous êtes...
Qu'est-ce que la pensée ? Vous n'en savez absolument rien - sinon ce qui vous a été dit sur ce que vous appelez « pensée ». Qu'allez-vous faire d'elle : la façonner, la contrôler, lui donner une forme... ou l'interrompre ? Vous passez votre temps à exercer une action sur elle parce qu'on vous a suggéré d'effectuer tel ou tel changement, de vous en tenir aux « bonnes pensées » et d'éliminer les « mauvaises ». Les pensées sont ce qu'elles sont ni bonnes ni mauvaises. Aussi longtemps que vous aurez le désir d'agir sur elles, vous obéissez à leur mouvement : vouloir et penser sont une seule et unique chose. Vouloir comprendre implique un mouvement de pensée, et ce mouvement, vous le perpétuez, vous lui conférez sa continuité...
Le fonctionnement de vos sens est « dénaturé » parce que vous voulez en tirer quelque chose. Pourquoi ? Parce que vous désirez que votre « vous » continue. Vous protégez cette continuité. La pensée est un mécanisme protecteur : elle protège le « vous » aux dépens de quelque chose ou de quelqu'un d'autre. Tout ce qui est issu de la pensée est destructeur et en fin de compte vous détruira, vous et votre espèce...
C'est le mécanisme répétitif de la pensée qui vous épuise - et que pouvez-vous donc faire pour vous en sortir ? C'est la seule et unique question et toute réponse qui vous sera donnée ne fait que renforcer le mouvement de la pensée... Alors que faire ? Rien du tout. Ce mouvement est trop puissant : il dispose d'une force de vie accumulée au cours de millions d'années. Vous êtes totalement impuissant et vous n'êtes même pas conscient de votre impuissance.
Si vous pratiquez quelque système de maîtrise mentale, automatiquement le « vous » est là poussé par là même à la continuité. Avez-vous jamais médité réellement, sérieusement ? ou connaissez-vous quelqu'un qui l'ait fait ? Non, personne ne le fait... Si vous méditiez sérieusement vous tourneriez en rond dans l'asile de fous. Et vous ne pouvez pas davantage pratiquer l'attention totale appliquée à être conscient de chaque instant de votre vie. Vous ne pouvez pas être pleinement conscient : « vous » et votre conscience ne peuvent coexister. Si vous pouviez une seconde seulement, une seule fois dans votre vie vous trouver en état de conscience pure (awareness) votre continuité claquerait net, l'illusion de la structure expériencielle, le « vous » - tout cela s'effondrerait et tout retomberait dans le rythme de l'état naturel. Cet état où vous ne savez pas ce que vous regardez, cela c'est vraiment la conscience pure. Si vous re-connaissez ce que vous regardez, vous êtes là de nouveau en train d'expérimenter le passé - ce que vous savez.
Ce qui réintègre une personne dans son état naturel, cette personne et non telle autre, je n'en sais rien. Peut-être est-ce inscrit dans les cellules. C'est a-causal. Ce n'est pas de votre part un acte «volontariste» vous ne pouvez pas le provoquer. Il n'y a rien que vous puissiez faire. Vous pouvez vous méfier de l'homme qui vous dit comment il a assumé cet état. Il y a une chose dont vous pouvez être sûr, c'est qu'il ne le sait pas lui-même et n'a pas la possibilité de vous le communiquer. Il y a dans la structure du corps un mécanisme de détente. Si la structure expériencielle se relâche l'autre processus prend le relai à sa manière propre. Le fonctionnement du corps est dès lors totalement différent sans l'interférence de la pensée sauf en cas de nécessité pour communiquer avec quelqu'un. Pour employer la formule du «ring», vous n'avez plus qu'à « jeter la serviette » et déclarer forfait. Personne ne peut vous venir en aide et vous ne pouvez pas vous aider vous-même.
Cet état naturel ne vous intéresse pas : vous ne vous attachez qu'à la continuité. Sans doute désirez-vous continuer à un autre niveau, en fonction d'une dimension différente mais quoiqu'il en soit vous voulez continuer. Pour vous ce ne serait pas à prendre avec des pincettes ! Ce serait effectivement liquider tout ce que vous considérez comme «vous», moi supérieur, moi inférieur, âme, Atman conscient, subconscient etc. S'il vous vient quelque velléité, vous dites « il me faut du temps »... Alors intervient la sadhana et vous vous dites « Demain, je comprendrai»... Cette structure est née du temps et fonctionne dans le temps mais ce n'est pas dans le temps qu'elle parviendra à son terme. Si vous ne comprenez pas aujourd'hui, vous ne comprendrez pas demain. Pourquoi d'ailleurs voulez-vous comprendre ce que je dis ? Vous ne pouvez pas comprendre. C'est de votre part un exercice futile que de comparer mon mode de fonctionnement au vôtre. C'est une chose que je ne peux pas communiquer. En fait aucune communication n'est nécessaire. Aucun dialogue n'est possible. Quand le «vous» n'est pas là, quand le problème n'est pas là ce qui est, c'est la compréhension : c'est la fin du « vous », le « vous » s'en va. Vous n'écouterez plus celui qui décrit cet état et vous ne lui poserez plus de question sur la compréhension de cet état...
Ce que vous recherchez n'existe pas. Vous préféreriez vous promener sur une terre d'enchantement, avoir la bienheureuse vision d'une transformation de votre soi inexistant afin de réaliser un état d'être évoqué a coup de formules magiques. C'est précisément cela qui vous arrache à votre « état naturel » - un mouvement en dehors de vous-même. Etre soi-même exige une extraordinaire intelligence. La «bénédiction» de cette intelligence, vous la possédez ; personne n'a besoin de vous la donner, personne ne peut vous la prendre. Celui qui la laisse s'exprimer à sa manière particulière est un homme naturel."
29 novembre 2005
Allan Watts
Bonjour,
Ce qui suit est le fruit d'Allan Watts, que Ishmael m'a fait découvrir :
La question de l'Ego
La question la plus fascinante au monde, me semble-t-il, est celle-ci : qui suis-je? Ou bien: que suis-je? Celui qui voit, celui qui sait, celui qui est : voilà bien la chose qui constitue l'expérience la plus inaccessible de toutes, une expérience mystérieuse, complètement occultée.
Nous parlons de notre ego. Nous utilisons le mot je. J'ai toujours été extraordinairement intéressé par le sens que les gens donnent au mot je, à cause des formes curieuses qu'il peut prendre au cours de la conversation. On ne dit pas, par exemple, " je suis un corps ", mais "j'ai un corps ". D'une certaine manière, nous ne paraissons pas nous identifier entièrement à tout ce qui est nous-même. Je dis " mes pieds ", " mes mains ", " mes dents ", comme s'il s'agissait de choses m'étant extérieures. Et, dans la mesure où je peux m'en faire une idée, la plupart des gens semblent ressentir qu'ils sont quelque chose à mi-chemin entre leurs deux oreilles, un peu en retrait des yeux, à l'intérieur de la tête, tout le reste se trouvant comme raccroché à ce quelque chose. Et ce principe actif qui est ici, c'est ce que nous appelons notre ego. C'est moi!
(...)
Mais alors, qu'est-ce que notre ego? Une illusion doublée d'une futilité. C'est l'image que nous avons de nous-même, une image incorrecte, fausse, une caricature combinée à un effort musculaire futile, pour rendre sensible notre volonté.
Ne serait-ce pas mieux, si le sentiment que nous éprouvions de nous même était en accord avec la réalité? Cette réalité de notre existence qui fait que nous sommes à la fois l'environnement naturel -c'est-à-dire en fin de compte l'univers entier- et l'organisme qui joue avec. Pourquoi ne le ressentons-nous pas ainsi? De toute évidence, parce que cette sensation est occultée par une autre. D'origine sociale, elle est le résultat d'une sorte d'hypnotisme s'exerçant à travers tous les procédés éducatifs, et qui crée cette impression hallucinatoire d'être celui que nous sommes ce pourquoi nous nous comportons comme des fous.
(...)
Nous sommes fous à lier.
La solution au problème ?
" Mais ", me direz-vous, comment en venir à bout ? " Je réponds à cela qu'il s'agit d'une mauvaise question; de quoi faut-il venir à bout? Vous ne pouvez pas vous débarrasser des hallucinations qui donnent substance à votre ego à l'aide de votre ego. Désolé, mais c'est impossible, comme de se soulever en tirant sur ses propres bottes. On n'éteint pas le feu avec le feu: si vous essayez de vous débarrasser de votre ego à l'aide de votre ego, vous tombez dans un cercle vicieux. Et vous risquez fort de ressembler à quelqu'un qui redoute de se faire du souci du fait qu'il est soucieux... vous tournez en rond sans fin en devenant toujours plus fou.
La première chose à comprendre quand vous vous dites: " que puis-je faire pour me débarrasser de mon faux ego ? C'est que la réponse est " rien" , car vous posez la mauvaise question. En demandant: " Comment puis-je, alors que je m'éprouve comme un ego, me débarrasser du sen



